Les sagas de l'été

Publié le par Ivan de Duve

     Les sagas de l’été d’Ivan de Duve

Les dernières années ont été fructueuses en bonnes sagas et, à mon avis, les librairies ne les ont pas assez suggérées à leurs clients. Par exemple, trois grandes sagas ont été écrites par des femmes, étrangères toutes trois. Grâce au Ciel, les cinq ont été traduite en français et publiées.

 

Tout d’abord, honneur aux sagas des dames.

 

La première, sous le titre générique des Enfants de la Terre, est due à Jean Auel.

 

La seconde, également sous un titre générique Les Maîtres de Rome est de Colleen McCullough.

 

La troisième, est une trilogie de Gillian Bradsham La légende arthurienne dont seuls les deux premiers tomes sont parus en français mais le troisième est annoncé et je l’attends avec impatience.

 

Commençons par  Jean Auel.

 

Fille d’un peintre en bâtiment, notre auteur, Jean (prononcer djinn) Marie Untinen est née à Chicago (USA) le 18 février 1936 ; elle est la cadette d’une famille de cinq enfants. Elle épouse Ray Bernard Auel qui lui fait également cinq enfants.

 

Après avoir exercé au début des années ’60 un poste de cadre supérieur à Portland (USA), elle refuse un poste élevé dans le secteur bancaire pour devenir écrivain. Et s’attaque immédiatement à la saga que j’ai évoquée ici.

 

Elle met plusieurs années à terminer le premier tome de la série qui se situe entièrement au temps de la préhistoire. À l’époque où elle se lance dans cette incroyable aventure, elle n’a aucune connaissance scientifique de la préhistoire. Elle consacre à l’écriture et à la documentation que celle-ci requiert quelque 16 heures par jour, 7 jours sur 7. Ses amis s’inquiètent.  Imperturbablement, elle poursuit. Lorsqu’elle termine sa saga, elle est devenue un véritable puits de science, parle comme un archéologue, donne des conférences, et la communauté scientifique lui rend un hommage justifié.

 

Si Jean Auel est devenue la référence en matière de préhistoire, c’est avant tout, paradoxalement, parce qu’elle n’est pas une scientifique. Comme le dit justement Nicolás Gómez Dávila (Bogotá, 1913-1994) que m’a fait connaître Maurice G. Dantec, « Dans les sciences humaines on prend la dernière mode pour l’état ultime de la science ». C’est ensuite parce qu’elle s’est passionnée pour la préhistoire. C’est parce qu’elle a travaillé sans relâche ; c’est parce qu’elle a mis l’émotion dans ses écrits comme l’a fait Louis-Ferdinand Céline ; c’est parce qu’elle est intelligente ; c’est parce que sa famille a fait éclore chez elle l’intelligence du cœur ; c’est parce qu’elle a aimé. Pour citer encore Nicolás Gómez Dávila « Le style, c’est l’ordre auquel l’homme soumet le chaos » et « Le soir de certaines vies n’a pas le pathétique d’un crépuscule mais l’éclat du plein soleil ».Arrivée au soir de sa vie, Jean Auel la termine, entre l’Afrique du Sud et l’Europe,  avec tout l’éclat du plein soleil ! Et 15 petits-enfants !

 

Sous le titre génétique, Les enfants de la terre, la saga comprend six volumes, à savoir, successivement, Le clan de l’ours des cavernes, La vallée des chevaux, Les chasseurs de mammouths, Le retour d’Ayla, Le grand voyage  et Les refuges de pierre, tous édités en Français aux Presses de la Cité.  Jean Auel a mis 11 ans pour l’écrire mais, a-t-elle déclaré : « Je l’ai accomplie avec amour et je suis impatiente de la partager avec le monde entier ». Son souhait se réalise : traduit en une trentaine de langues (dont le néerlandais) et vendus à plus de 35 millions d’exemplaires à travers le monde.

 

Il s’agit de l’histoire Ayla, petite Cro-Magnon,  jeune femme de la préhistoire. Seule survivante d’un tremblement de terre, elle trouve refuge auprès d’une tribu de Néanderthaliens ; des voyages à travers l’Europe d’il y a 30.000 ans. Un mélange réussi d’une belle histoire d’amour  entre Ayla et Jondalar et une rigoureuse reconstitution historique. À ma connaissance, mise à part La guerre du feu de Rosny, personne n’a abordé avec talent cette période de l’histoire dont elle dit avec pertinence : « C’est un peu l’histoire commune de toutes les nations. Notre histoire n’a pas commencé au temps des cathédrales ».

 

Et encore moins en 1789 comme on l’enseigne à nos petites têtes de moins en moins blondes !

 

Cette Américaine a choisi Les-Eyzies-de-Tayac-Sireuil pour cadre du dernier volume de cette merveilleuse saga. Elle nous conte par conséquent l’histoire de nos ancêtres.

 

Passons à Colleen McCullough.

 

Elle est, en particulier, auteur d’une œuvre historique considérable concernant le dernier siècle avant Jésus-Christ : Les Maîtres de Rome. La saga comprend 9 tomes : L’amour et le pouvoir, La Couronne d’herbe, Le favori des dieux, La colère de Spartacus, Jules César, la violence et la passion, Jules César, le glaive et la soie, La conquête gauloise, et César imperator  et César et Cléopâtre.

 

Plus connue du grand public par Les oiseaux se cachent pour mourir, j’avoue que je ne connaissais pas cet écrivain. Un ami, Daniel Heymans, m’a prêté l’année dernière L’amour et le pouvoir puis, progressivement les 7 tomes suivants de cette saga que  j’ai dévorée avec passion.

 

Colleen McCullough est un écrivain australien de premier ordre. Elle est née le 1er juin 1937 à Wellington en Nouvelle-Galles-du-Sud. Après avoir réussi de brillantes études de neurologie, elle a travaillé dans des hôpitaux de Sydney (Australie) et en Angleterre, puis elle à New Haven, Connecticut (USA). En 1980, elle se fixe en l’île de Norfolk avec son mari Ric Robinson. Sa carrière d’écrivain commence avec Tim, suivi de Les oiseaux se cachent pour mourir que nous avons non seulement lu tous les deux mais nous avons regardé le feuilleton télévisé (USA) en 4 épisodes de 120 minutes avec, dans le rôle du Père Ralph de Bricassart, le merveilleux Richard Chamberlain, dans celui de Meggie Cleary, Rachel Ward et dans celui de Myry Carson, l’inoubliable Barbara Stanwyck. Pendant que son éditeur s’occupait de ce roman, elle pose sa candidature d’infirmière à l’hôpital St. Bartholomew à Londres. Mais le succès de Les oiseaux se cachent pour mourir lui font changer ses plans et elle vit depuis cinq lustres, heureuse, sur l’île de Norfolk. Elle a aujourd’hui 71 ans.

 

Quant à cette fameuse saga Les Maîtres de Rome, C’est toute notre culture qui défile devant nos yeux de lecteurs éblouis : Marius, Sylla, Scipion, Cicéron, Jules César, Cléopâtre. L’auteur a su interprété de façon romanesque le profil psychologique de ces protagonistes de l’Histoire.

 

          Incontestablement, sa préférence personnelle va à Jules César. Et je me suis mis à rêver d’un Imperium européen à la Francis Parker Yockey dont l’empereur serait digne d’un Charlemagne, d’un Charles-Quint, d’un Frédéric II, d’un  Napoléon ou d’un Hitler mais avec toutes les qualités de Jules César.

 

Cela aurait une autre gueule que les récentes présidentielles françaises !

 

Un petit parallèle entre les deux sagas. Jean Auel et Colleen McCullough ont toutes deux su écrire des romans historiques vivants, intéressants, captivants, basés sur des documentations sans faille. Toutes deux ont passés des lustres à les écrire. Toutes deux ont vu leurs sagas atteindre des tirages vertigineux.

 

Quant à la troisième saga féminine, elle nous réserve une surprise de taille. Il s’agit d’une saga de quelque 1.200 pages, donc beaucoup plus petite que les deux précédentes. Plus petite en nombre de pages mais pas en qualité.

 

Avant tout un mot d’introduction sur l’auteur. Gillian Bradshaw est née le 14 mai 1956. Elle est par conséquent un auteur d’une génération plus jeune que les deux précédents. Mais quel parcours ! Avant de s’attaquer à Légende arthurienne, ses trois romans ont fait mon bonheur : Le Phare d’Alexandrie, Pourpre impériale et L’Aigle et le Dragon m’ont autant plu l’un que l’autre. Aussi est-ce avec un préjugé favorable que je me suis lancé dans sa saga arthurienne. Une trilogie dont les deux premiers tomes sont parus en français : Faucon de mai et Le trône de l’été. J’attends avec une impatience fébrile la parution du dernier volume de cette trilogie.

 

               Dans cette saga, Gillian Bradshaw a un don particulier pour mettre en scène Gwalchmai qui après l’avoir cherché longtemps dans Faucon de mai pour le trouver en fin de volume, devient un fidèle du roi Arthur qui lui confie diverses missions plus périlleuses les unes que les autres dans Le trône de l’été.

 

Le roi Arthur alias Arthur Pendragon est probablement le personnage le plus important de la légende bretonne mais a-t-il réellement existé ? Certains pensent qu’il a vécu au VIe siècle. Mais peu importe. La documentation réunie par Gillian Bradshaw pour écrire son roman précédent : L’Aigle et le Dragon avec comme héros le prince sarmate Ariantés ou sa Légende arturienne, fait que ses livres se lisent avec plaisir, nous apprennent une myriade de détails sur l’époque. Bref, nous enchantent.

 

L’Aigle et le Dragon se passe en 175 de notre ère et La légende arthurienne quatre à cinq siècles plus tard. Les Romains occupent la Bretagne et le mur d’Hadrien sépare l’Angleterre et l’Écosse actuelles. Les populations de ces territoires étaient essentiellement des Celtes romanisés qui avaient à lutter, au côté des Romains, contre les Pictes et les Scots. J’avais beaucoup lu sur la légende arthurienne mais Gillian Bradshaw l’éclaire d’un jour nouveau qui est loin de me déplaire. Nous sommes loin de Camelot, des Chevaliers de la Table Ronde, de Lancelot, de Galaad, de Merlin l’enchanteur mais combien proches de nos ancêtres celtes !

 

Parlons maintenant de sagas écrites par des hommes !

 

La (relativement) courte saga (trois tomes) des Dukay écrite par un auteur hongrois, Lajos Zilahy(1891-1974). Je propose aux lecteurs de commencer par  Les Dukay (Folio n° 3364) que m’a signalé dans une lettre, en son temps, le grand Jean Raspail (1925-…). et de poursuivre successivement par Le siècle écarlate (Folio n° 3771) pour terminer par L’ange de la colère (Folio n° 3528)

 

Chronologiquement, Le siècle écarlate commence en 1814 pour se terminer en 1918. Le 8 octobre 1814, jour où s’ouvre le Congrès de Vienne, le palais Dukay à Vienne se prépare à fêter le baptême de ses jumeaux dont le prince de Metternich sera le parrain. C’est la vie de ces jumeaux que le romancier épique Lajos Zilahy nous conte ici. Flexi, charmant, docile, poli, est élevé à Vienne tandis que Dali, tête brûlée, bagarreur, traînant les cœurs derrière lui, est expédié à Budapest. À travers les aventures des deux frères, c’est une fresque flamboyante de cette période de notre histoire européenne qui va nous éblouir. Suit le plus important des trois tomes de cette saga. Les Dukay dont les péripéties se déroulent entre 1919 et 1940. Ici l’histoire du crépuscule doré de l’aristocratie européenne va littéralement fasciner vos lecteurs. Le chef du clan, le comte Dukay, essaye de tenir ses turbulents rejetons d’une main de fer. Mais des vents nouveaux se lèvent. La belle Kristina, l’inquiétant Janos, le courageux György, l’attachant Rere et l’exquise Zia nous rendent cette époque merveilleusement vivante. La saga se termine par L’ange de la colère et par une époque que nous connaissons mieux allant de 1941 à 1950. Aucun des turbulents Dukay ne sera épargné par la tourmente. : tous affrontent leur destin.

 

Grâce à mon ami Michel Cuykens, je suis plongé actuellement avec délice dans Le Cycle de Pendragon de Stephen Lawhead qui comprend 5 volumes : Taliesin, Merlin, Arthur, Pendragon, Le Graal. Comme vous l’avez compris, l’on se retrouve ici en plein Moyen Âge, ma période préférée, avec la légende du Roi Arthur, des Chevaliers de la Table Ronde, de Merlin l’Enchanteur, de la quête du Graal. Que de merveilles.

 

            Stephen Robert Lawhead est né le 2 juillet 1950 à Kearney dans le Nebraska. Son œuvre est prolifique : La Saga du Roi Dragon ((3 tomes) ; Le Cycle de Pendragon (5 tomes) ; Le Cycle du Chant d’Albion (3 tomes) ; Les Croisades Celtiques (3 tomes) ; Avalon, le voleur de rêves où le Roi Arthur retourne dans une Grande Bretagne moderne ! Tous ces livres existent en collection Le Livre de Poche.

 

 

 

 

Âgé de quelque neuf ans de plus que Maurice G. Dantec, son œuvre a d’autres centres d’intérêt. Comme Dantec s’est exilé au Canada, Lawhead s’est exilé à Oxford, G.B. Comme Dantec, il a commencé par la musique avant de se lancer dans la l’écriture. Ses livres autour de l’épopée du roi Arthur tournent au-delà des deux millions et demi d’exemplaires vendus de par le monde.  Il n’a pas l’intention de se concentrer sur cette époque. Toujours comme Dantes, la technologie de la nôtre l’inspire également.

 

Cette saga arthurienne est fort différente de celle de Gillian Bradshaw mias tout aussi passionnante.

 

Une petite troupe de guerriers celtes, ayant fui l’engloutissement de l’Atlantide, menée par le roi Avallach et sa merveilleuse fille Charis, rencontre les survivants de l’empire romain agonisant. C’est dans ce cadre que Merlin naît de l’union d’une jeune princesse atlante avec le barde Taliesin. « Seul celui qui a vécu dans les ténèbres connaît et apprécie vraiment la lumière ».

 

Voici l’histoire de Merlin l’immortel, roi, guerrier, druide, barde et prophète, Merlin qui, enlevé par le Petit Peuple des Collines, vit de longues années de solitude dans la forêt et mène ses troupes se battre contre les barbares  dont les invasions précipitent la chute de l’empire romain en Occident.

 

« Quand tout est dit, quand tous les arguments sont épuisés, ce simple fait demeure : nous suivrons Arthur jusqu’aux portes de l’Enfer et même au-delà » même si les gens disent de lui qu’ »il n’est pas digne d’être roi. Pion de Merlin, il est de basse naissance, inconstant, mesquin, cruel et stupide, c’est une brute ignorante et bornée ». Mais « Nous sommes pour lui le ciel et la terre. Et Arthur est pour nous tout cela… et bien davantage ».

 

«Moi, Myrddin Emrys, (…) j’étais auprès d’Arthur depuis le commencement. Et je me tenais à son côté en son heure la plus sombre. En un jour à nul autre semblable dans la longue histoire de notre race… un jour de duplicité, de terreur et de grande gloire. Oui, de grande gloire. Car ce jour-là Arthur s’acquit le nom qu’il chérissait entre tous : Pendragon ».

 

Le Pendragon est le roi des rois. Et Arthur, « revenu sur les lieux de sa guérison miraculeuse, a été réveillé au milieu de la nuit par la vision d’un temple où la Coupe du Christ brillait d’un éclat comparable à celui du soleil ». Le Graal. Arthur décide de lui construire un Temple. Mais c’était sans compter sur les sinistres manigances de Morgian qui fait disparaître le Graal. Arthur et ses fidèles (…) se lancent sur la piste des fugitifs à travers brouillards maléfiques et forêts ensorcelées.

 

« Si les hommes savaient ce qui les guette, jusqu’au plus humble d’entre eux… ils défailliraient, ils se couvriraient la tête et mordraient leur manteau pour s’empêcher de crier. C’est leur bénédiction et leur malédiction de ne pas savoir ».

 

Une très belle saga basée sur les racines mêmes de notre chère Europe, celle des patries charnelles, des ethnies, bien entendu !

Ivan de Duve

8 juillet 2007

La première partie de cette saga de l'été a été publiée sous forme d'interviouve par Renaissance Européenne, n° 72, troisième trimestre 2007

Cet article est paru dans Le Libre Journal de la France courtoise, n° 413 du 18 juillet 2007

 

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Publié dans Lectures

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