Vladimir le Soleil Rouge
Vladimir le Soleil Rouge
C’est le merveilleux Anne de Kiev de Jacqueline Dauxois qui m’a donné envie de lire Vladimir le Soleil Rouge du grand Vladimir Volkoff, ou, plus exactement, de connaître la vie de ce Vladimir Ier qui se fit baptiser en 988 et convertit
Et je n’ai pas été déçu.
« Dans la tradition Viking, l’un des plus importants devoirs du Prince était de servir d’intermédiaire entre les dieux et son peuple. Dans une religion sans prêtres, le prince tenait lieu de prêtre. À mesure que Vladimir grandit en âge, ses dispositions religieuses s’accrurent. » Son oncle, pour ses seize ans, lui trouve une épouse. « Avec le mariage, une sensualité plus vigoureuse se développa chez Vladimir. » Sa femme, Olava, lui donne un premier fils. « La greffe de Rurik fleurissait bien sur le sauvageon russe. » À Kiev son frère Iaropolk, devenu Grand Prince, étend son empire. Sagement Vladimir p »rend congé du peuple de Novgorod. Iaropolk « envoya ses hommes prendre possession de Novgorod. La cité se soumit avec bonne grâce. Le Grand prince de Kiev s’était rendu maître de toute
Après deux ans d’errance, Vladimir monte une armée de Vikings et revient à Novgorod dont le peuple, peu rancunier l’acclame. Peu après, il s’empare de Polotsk et mérite d’être nommé fornicator immensus et crudelis en forçant Rogned qu’il prit pour épouse au lendemain de la bataille. Puis Vladimir marcha sur Kiev et, le Grand Prince absent, « entra à cheval dans sa capitale, acclamé par ses nombreux sujets(…) et Vladimir comprit ou sentit peut-être alors ce qui fait toute la spécificité des monarchies : elles seules créent les nations, dont les républiques ne sont que le produit. » Vladimir régna trente-sept ans. Il gouverna avec fermeté, ménagea les intérêts de chacun, et sous son règne toutes les branches de l’économie prospérèrent. »
C’est alors que survint la conversion de Vladimir. Il avait vingt-cinq ans. Il commence par convoquer boyards et échevins pour étudier la question. Puis envoya des émissaires russes à l’étranger « pour voir comment les choses s’y passent (…) Les Juifs khazars s’étant exclus eux-mêmes, (…) l’Islam, version bulgare, leur déplut, (…) ils rejetèrent le catholicisme parce qu’ils s’étaient ennuyés dans les églises allemandes. » Les Grecs surent les séduire. « L’Église tout entière est une icône, et elle n’est jamais plus pure que dans sa musique et ses cérémonies, là où s’efface toute préférence personnelle, et où seule règne la tradition –c’est-à-dire l’imitation la plus exacte possible de la transcendance. » À vingt-huit ans, Vladimir se fait baptiser et épouse Anne, sœur du Basileus, princesse porphyrogénète. Il avait eu le temps de jeter sa gourme, le moment était venu pour lui de tenter une nouvelle aventure, celle d’une vie rangée.
Et l’évangélisation de
Vladimir « servit de sentinelle à l’Europe face à l’Asie, et cela ni l’Histoire ni la poésie ne l’ont oublié (…) il réussit à consolider ce qui comptait le plus à ses yeux : la prédominance de Kiev, l’autorité du Grand prince, l’indépendance de
« La survie terrestre n’est possible pour l’homme que sous forme de mythe. Et le Soleil Rouge devint le mythe national par excellence, comme le roi Arthur le devint pour les Anglais, Charlemagne pour les Français et Barberousse pour les Allemands(…) Or, à travers son œuvre, le Soleil Rouge n’a cessé de rayonner. » Sol Invictus !
Ivan de Duve
26 mai 2006
Cet article est paru dans le n° 68, troisième trimestre 2006, de Renaissance européenne.