Vladimir le Soleil Rouge

Publié le par Ivan de Duve

Vladimir le Soleil Rouge

 

 

 

 

 

C’est le merveilleux Anne de Kiev de Jacqueline Dauxois qui m’a donné envie de lire Vladimir le Soleil Rouge du grand Vladimir Volkoff, ou, plus exactement, de connaître la vie de ce Vladimir Ier qui se fit baptiser en 988 et convertit la Russie au christianisme, comme Clovis Ier le fit cinq siècles plus tôt pour la France.

 

 

 

Et je n’ai pas été déçu.

 

 

 

La Sainte Russie qui a duré mille ans a donc commencé avec notre Vladimir le Soleil Rouge pour se terminer en 1917 avec le sinistre Vladimir Lénine. Notre Vladimir fait son entrée dans le monde, à Kiev, en l’an de grâce 968. Son père, Sviatoslav, est remarquable à la chasse, à la guerre, contre les Petchenègues qui menacent Kiev, et au lit. Vladimir est son troisième fils et rien ne laissait prévoir qu’il serait appelé à régner. Sa grand-mère, Olga, Chrétienne, a dû marquer l’imagination de son petit fils, païen s’il en fut. Et, avant elle, Rurik le Viking, qui, malgré ne vie aventureuse, est, avec ses autres Vikings, à l’origine de la ville de Kiev, capitale de la Russie. Et la cité de pourpre, Constantinople, dont les fabuleuses richesses faisaient rêver notre encore jeune héros. Mais le passage de l’enfance à l’adolescence réserve des surprises. C’est ainsi que lorsque les Novgorodiens réclament un prince à Sviatoslav, celui-ci pense d’abord à son aîné Iaropolk qui refuse de quitter Kiev-le-Joyeuse pour Novgorod-la-Mercantile. Même refus d’Oleg. C’est alors que son oncle Dobrynia souffle l’idée de proposer son jeune fils bâtard Vladimir aux Novgorodiens qui l’acceptèrent. Tour comme Vladimir accepta de devenir leur Prince. Novgorod « était une cité très moderne, plus petite mais beaucoup plus propre que Kiev, avec un air de bien-être et de prospérité qui n’allait pas, il faut le dire, sans une certaine suffisance. » Novgorod, ville dont le Prince est un enfant. Ou plus exactement un adolescent qui, laissant à son oncle les rênes du pouvoir, fait connaissance avec sa ville. Tout l’intéresse et les questions fusent allègrement. « on mûrissait vite au Moyen Âge, et dès qu’il eut atteint sa treizième année, il se mit à en assumer de plus en plus. » Il apprend la mort de son père.

 

 

 

« Dans la tradition Viking, l’un des plus importants devoirs du Prince était de servir d’intermédiaire entre les dieux et son peuple. Dans une religion sans prêtres, le prince tenait lieu de prêtre. À mesure que Vladimir grandit en âge, ses dispositions religieuses s’accrurent. » Son oncle, pour ses seize ans, lui trouve une épouse. « Avec le mariage, une sensualité plus vigoureuse se développa chez Vladimir. » Sa femme, Olava, lui donne un premier fils. « La greffe de Rurik fleurissait bien sur le sauvageon russe. » À Kiev son frère Iaropolk, devenu Grand Prince, étend son empire. Sagement Vladimir p »rend congé du peuple de Novgorod. Iaropolk « envoya ses hommes prendre possession de Novgorod. La cité se soumit avec bonne grâce. Le Grand prince de Kiev s’était rendu maître de toute la Russie.  »

 

 

 

Après deux ans d’errance, Vladimir monte une armée de Vikings et revient à Novgorod dont le peuple, peu rancunier l’acclame. Peu après, il s’empare de Polotsk et mérite d’être nommé fornicator immensus et crudelis en forçant Rogned qu’il prit pour épouse au lendemain de la bataille. Puis Vladimir marcha sur Kiev et, le Grand Prince absent, « entra à cheval dans sa capitale, acclamé par ses nombreux sujets(…) et Vladimir comprit ou sentit peut-être alors ce qui fait toute la spécificité des monarchies : elles seules créent les nations, dont les républiques ne sont que le produit. » Vladimir régna trente-sept ans. Il gouverna avec fermeté, ménagea les intérêts de chacun, et sous son règne toutes les branches de l’économie prospérèrent. »

 

 

 

C’est alors que survint la conversion de Vladimir. Il avait vingt-cinq ans. Il commence par convoquer boyards et échevins pour étudier la question. Puis envoya des émissaires russes à l’étranger « pour voir comment les choses s’y passent  (…) Les Juifs khazars s’étant exclus eux-mêmes, (…) l’Islam, version bulgare, leur déplut, (…) ils rejetèrent le catholicisme parce qu’ils s’étaient ennuyés dans les églises allemandes. » Les Grecs surent les séduire. « L’Église tout entière est une icône, et elle n’est jamais plus pure que dans sa musique et ses cérémonies, là où s’efface toute préférence personnelle, et où seule règne la tradition –c’est-à-dire l’imitation la plus exacte possible de la transcendance. »  À vingt-huit ans, Vladimir se fait baptiser et épouse Anne, sœur du Basileus, princesse porphyrogénète. Il avait eu le temps de jeter sa gourme, le moment était venu pour lui de tenter une nouvelle aventure, celle d’une vie rangée.

 

 

 

Et l’évangélisation de la Russie se fit. D’un certain point de vue, on peut dire que tout ce qui n’est pas légendaire est négligeable.

 

 

 

Vladimir  « servit de sentinelle à l’Europe face à l’Asie, et cela ni l’Histoire ni la poésie ne l’ont oublié (…) il réussit à consolider ce qui comptait le plus à ses yeux : la prédominance de Kiev, l’autorité du Grand prince, l’indépendance de la Russie , et l’implantation de l’orthodoxie (…) D’un ramassis de tribus il avait fait une nation, et cette nation il l’avait arrachée aux ténèbres stagnantes du paganisme pour l’exposer aux rayons de la lumière divine(…) le 15 juillet 1015, dans la solitude glorieuse de ceux qui sont vraiment grands, il remit paisiblement son âme aux anges du Seigneur (…) En vérité, le Soleil Rouge s’était couché sur la Russie.  » Vladimir fut sanctifié par l’Église orthodoxe. « Un saint est un homme dont l’Église garantit qu’il a accédé directement au Paradis et, par conséquent, il est possible de le considérer comme un intercesseur auprès de Dieu. »

 

 

 

 

 

« La survie terrestre n’est possible pour l’homme que sous forme de mythe. Et le Soleil Rouge devint le mythe national par excellence, comme le roi Arthur le devint pour les Anglais, Charlemagne pour les Français et Barberousse pour les Allemands(…) Or, à travers son œuvre, le Soleil Rouge n’a cessé de rayonner. » Sol Invictus !

 

 

 

Ivan de Duve

 

 

26 mai 2006

Cet article est paru dans le n° 68, troisième trimestre 2006, de Renaissance européenne.

 

 

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