Anne de Kiev, reine de France

Publié le par Ivan de Duve

 

 

Jacqueline Dauxois

 

 

 

 

Anne de Kiev, Reine de France

 

 

 

 

Presses de la Renaissance

 

Code barre : 9782856168875

 

ISBN : 2.85616.887.6

 

 

 

 

Un

 

 merveilleux livre. Le XIème siècle comme si nous y étions. Et quelle destinée exceptionnelle ! Kiev capitale de la Russie[1] ! Et Anne, probablement, à l’époque, la plus belle femme du monde. !

 

 

En exergue de son récit, Jacqueline Dauxois met une phrase de notre cher Vladimir Volkoff[2] extraite de son roman Le Soleil rouge: « La légende est la part vivante de l’Histoire. Le passé en tant que tel est chose morte. Il ne remue en nous que lorsqu’il se transforme en mythe, mais alors il nous nourrit et nous éduque, dans notre conscience et plus encore dans notre inconscient. D’un certain point de vue, on peut dire que tout ce qui n’est pas légendaire est négligeable. » Grâce à elle le couple Henri de France et Anne de Kiev est devenu légendaire. Et le Moyen Âge que nos chères petites têtes de moins en moins blondes apprennent à considérer comme une période baignée d’obscurantisme apparaît pour ce qu’il fut : une « époque superbe à découvrir et à défricher ». J. Dauxois a donc défriché pour nous les quinze premiers lustres  du XIème siècle, tant du côté russe que du côté français.

 

 

Du côté français d’abord en nous apprenant à connaître le jeune Henri Ier, petit-fils d’Hugues Capet, fils de Constance d’Arles qui ne l’aime pas, prend les armes contre lui, est vaincue. À la mort de la reine, la France connaît trois ans d’inondations.  Que fait le roi ? « Le roi puise dans sa cassette, envoie des marchands jusqu’en Sicile chercher du grain, parcourt le pays, distribue des sacs de froment, encourage paysans et boulangers, multiplie aides et exemptions d’impôts. » Nous sommes à des lieues de l’image répandue depuis la Révolution française suivant laquelle le roi exploitait son peuple et exerçait un droit de  cuissage qui n’a jamais existé. Successivement le roi épouse deux Mathilde et se retrouve deux  fois veuf.

 

 

À cette époque, un jeune Polonais, Casimir, petit-fils de Boleslav le Brave, roi de Pologne, choisit  pour lieu d’études le prestigieux monastère de Cluny. « Et n’en voulut plus sortir. » Mais le pape Benoît IX le délie de ses vœux et Casimir est élu roi de Pologne sous le nom de Casimir Ier. Le grand-prince de Kiev, avait une fille, notre Anne, «…devenue la plus belle jeune fille qui soit au monde, intelligente et généreuse, comblée de toutes les grâces et de toutes les vertus. Henri alors, par les yeux de l’esprit, vit cette princesse qu’il ne connaissait pas. Son cœur bondit comme celui d’un jeune homme. » Et Henri envoie une ambassade à Kiev.

 

 

Comme Clovis a converti la France , c’est Vladimir le Grand, bâtard, grand-père Viking d’Anne, qui a converti la Russie. Sa petite-fille « …cesse de s’enfler d’un orgueil barbare ; mais resplendit des certitudes lumineuses de sa foi. » Il est agréable de savoir que « Depuis la conversion de la Russie , les membres de sa famille ne se contentent pas d’exercer le pouvoir, ils veulent que ce pouvoir soit saint. »

 

 

Manifestement Dieu a destiné Anne de Kiev à Henri. Et la première préoccupation de l’un comme de l’autre est de plaire à Dieu. « Le roi Henri est un solitaire, un veuf, un roi sans héritier. Un roi mort. Il attend Anne pour renaître. Il a besoin d’elle qui n’a aucun besoin de lui. Il attend tout d’elle, la vie pour lui, pour le pays, pour sa dynastie qui va s’éteindre si elle le repousse.

 

 

Elle ne le repousse pas. Une deuxième ambassade revient en France en y amenant Anne. C’est à Reims que les futurs époux se rencontrent. C’est à Reims qu’Henri et Anne se marient. C’est à Reims qu’Anne est couronnée. L’évêque peut dès lors prononcer « la formule russe : - Longues années à Anne de Russie, reine de France ! » C’est aussi à Reims qu’un proche du roi, le comte Raoul de Crépy, sent son cœur s’enflammer pour cette reine « hors de sa portée. »

 

 

« Entre Francs et Russes, l’entente est complète et chacun rit à l’idée d’avoir cru l’autre barbare. »

 

 

Après Reims, Henri conduit Anne à Paris, ville curieuse, sans centre, si différente de Kiev. Mais il y a « Notre-Dame, chef-d’œuvre de l’ensemble cathédral. »Après Paris, Henri conduit Anne à Senlis qui convient mieux au tempérament slave d’Anne.

 

 

« Un an après leur mariage, Anne donne un fils à Henri. » « L’héritier s’appellera Philippe ». « Deux ans après Philippe, Robert vint au monde, aussi fragile que son frère était robuste. » Ceux qui ne savent pas de quand datte la scission entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe apprendront que « trois ans à peine après le mariage d’Anne, le pape et le patriarche de Constantinople se lancent l’anathème. » « … l’anathème est le travail maudit de Satan. ». «  La Russie et la France retranchées l’une de l’autre, les deux fleurons de la chrétienté ne pourront plus être réunis. » « Une petite Emma vient de naître » et « Hugues vint au monde deux ans après sa sœur. » Dans le royaume de France, « … les batailles se succèdent, aussi rapprochées que les naissances. Comme si, chaque fois que la reine donnait au royaume un prince, la guerre prélevait son tribut de sang. » Le roi Henri se sentant vieillir, prépare son trépas. Le 23 mai 1059, fête de la Pentecôte , Philippe, sept ans, est sacré à Reims. « Pendant les mois qui suivirent le sacre de Philippe, Anne se battit de toutes ses forces pour rendre la santé au roi, qui déclinait. » «Mais  (…) quinze mois après le sacre de Philippe, le 4 août 1060, il (le roi) prit le lit et Anne sut que son roi la quittait. Il remit à la reine Anne le gouvernement du royaume. Anne pleurait. Henri tendit les mains vers le ciel et rendit son âme à Dieu. »

 

 

« … un roi a plus de devoirs qu’aucun homme. Etant serviteur de Dieu d’abord, de ses sujets ensuite. »

 

 

« Henri vivant, Anne n’a pas jeté les yeux sur Raoul. » Mais plus d’un an après le décès du Roi, Raoul épouse Anne dans de bien curieuses circonstances. Deux ans plus tard, meurt Robert, le fils puîné d’Anne dont le désespoir est immense. De même « Le désespoir de Raoul inspire la pitié aux cœurs les plus endurcis. »

 

«  Anne vécut une longue convalescence ». Philippe estime, à treize ans, être capable de régner. Anne entreprend la construction à Senlis d’un monastère.

 

« En 1069, Philippe Ier, désormais roi en plein exercice, confirme la fondation  (de l’abbaye). » « Anne n’a pas renoncé à la saintetéElle espère que, parvenus au terme du voyage terrestre, elle et tous les siens seront accueillis par le Christ ressuscité. » Merveilleux Moyen Âge !

 

 

« Raoul (…) meurt le 8 septembre 1074, à cinquante-huit ans. Anne, cette fois, est entièrement seule. » « La reine Anne est morte un 5 septembre. On ne connaît ni l’année de sa fin, ni le lieu de sa sépulture. Elle a laissé un sillage d’amour. »

 

 

Un superbe livre. À lire et à offrir.

 

Ivan de Duve

 

2 mai 2006

 



[1] Avant Moscou et avant Saint-Pétersbourg. Actuellement Kiev est la capitale de l’Ukraine

 

[2] Qui nous a quittés le 14 septembre 2005

 

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Publié dans Lectures

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