La source pérenne

Publié le par Ivan de Duve

Christopher Gérard

 

La source pérenne

 

L’Âge d’Homme

 

EAN : 100120082900100120

 

 

 

Il m’a été fort agréable de lire ce dernier livre de Christopher Gérard, dédié à la mémoire de l’Empereur Julien. Sur suggestion de Gabriel Matzneff, j’avais, en son temps, lu la traduction faite par Christopher Gérard du Contre les Galiléens de l’empereur Julien. Ici, Christopher Gérard, plus pétulant que jamais, voit les choses de plus haut et nous les conte de façon bien plus vivante.

 

Christopher Gérard se détermine comme païen. Gabriel Matzneff est orthodoxe. Pourtant tous deux semblent avoir têté aux mêmes mamelles. Christopher Gérard cite le cardinal Jean Daniélou qui écrivit : « Il y a une religion de l’Occident. Cette religion, c’est l’antique paganisme grec ou latin, celte ou germanique… Ce paganisme valait les autres. Il n’est pas si loin de nous. Nous ne sommes jamais que des païens convertis… Le païen est celui qui reconnaît le divin à travers sa manifestation dans le monde visible. » Ce n’est pas notre ami barde et druide Georges Hupin, fils d’Odin, qui lui donnera tort. Et Christopher Gérard de préciser que le paganisme est « … la plus ancienne religion du continent, que l’on peut définir comme la religion des cycles de la nature et du cosmos. » Et il affirme péremptoirement que  « le paganisme est par définition cosmique, et donc éternel. » Puis, il cite Schiller « qui, dans Les Dieux de la Grèce, dit aux regards initiés, toute chose indique la trace d’un Dieu ».

 

Comme Matzneff, Gérard cite à plaisir Friedrich Nietzsche et Ernst Jünger (l’un des deux auteurs préférés de mon ami Georges Holvoet, l’autre étant Henry de Montherlant dont le comte Henri de Meeûs a fait le héros d’une journée inoubliable).

 

Il nous exhorte : « Redevenons Grecs, lecteurs d’Homère et de ses continuateurs, réactivons mythes, rites et images pour préparer un avenir grandiose. L’Hellénisme doit nous inciter à l’action concrète sur le monde, qu’il nous faut regarder avec sympathie, pénétrés d’un profond sentiment de coappartenance, au sein duquel nous cherchons une intégration optimale, notre forme de piété ». Et il cite Paul Morand quand il affirme « toute rêverie, toute pensée doit prendre forme ». C’est ce qu’a réalisé notre consul général Jean Raspail en prolongeant jusqu’à nous le rêve d’Orélie-Antoine Ier, roi de Patagonie. C’est ce que nous ferons le 20 juin en sautant par-dessus les feux de la Saint-Jean pour célébrer le solstice d’été.

 

« Un païen (…) ne croit pas : il adhère. » Et « Les Dieux ne sont point des personnes, avec qui nous établirions des relations personnelles, mais des Puissances incarnant la plénitude : sagesse, force et beauté ». Et j’aime quand il ajoute : « Nous autres, fouilleurs, avions le sentiment très net d’exercer un sacerdoce, en respectant ce passé que tous voulaient oublier. » Et j’aime quand il se « range résolument parmi les Impériaux. L’Empire est seul à même de sauvegarder autonomies et patries charnelles, de transcender et de respecter la mosaïque des ethnies. Cette vision est aux antipodes du cosmopolitisme niveleur et du métissage planétaire dont les médias stipendiés se font les propagandistes ». Ce ne sont pas mes amis rebelles, réunis au pied du Mont des Cats, qui le contrediront. Ni moi qui rêve d’un Empire européen, incluant la Sainte Russie, formé des patries charnelles chères à Marc Augier, alias Saint-Loup. Et j’aime quand il conclut : « Voilà à mes yeux l’avenir des Mystères de Mithra : le lien entre de futures élites impériales. »

 

Parfois, Gérard  devient docte : « Jamais les discours sur la liberté, les droits de l’homme, etc., n’ont été aussi assourdissants et, pourtant, autour de nous, les faces bon marché prolifèrent. Jamais les jeunes générations n’ont été aussi subtilement conditionnées, assurées qu’elles sont d’être libres parce qu’elles pensent spontanément ce qu’il est correct de penser ». Il rectifie la pensée actuelle : « Le philosophe Marcel Conche, authentique Hellène, a magnifiquement exprimé ce que signifie devenir Grec : être fidèle à la conception homérique de la vie, une conception foncièrement agnostique et virile, celle des aristoi, qui combattent pour des valeurs au lieu d’amasser et de consommer.

 

« Quant au monarchisme de raison, il rappelle que la royauté sacrée, appuyée sur des clans aristocratiques, demeure malgré tout la meilleure digue contre les aventures tyranniques ou totalitaires. Un Roi, point trop puissant, est pour son peuple à la fois un recours et un exemple, puisqu’il incarne et assure une continuité. En outre, la royauté traditionnelle garantit le droit inaliénable à la rébellion, le privilège de l’indocilité. Le Sacre et l’Insurrection comme mythes politiques. » Beau comme du Saint-Loup, comme du Jean Raspail, comme du Vladimir Volkoff.

 

Pense-t-il à Georges Hupin quand il écrit : « À l’origine, nos Druides sont poètes, maîtres du verbe incitateur et responsables polyvalents de la transmission de l’héritage. » ?

 

Pense-t-il à Maurice Bardèche quand il écrit : « Le contraire du gouvernement aristocratique est l’oligarchie, dès lors que ce ne sont plus les meilleurs (aristoi) qui commandent mais une minorité de scélérats ». Et, parlant de la transmigration des âmes, il rejoint les intuitions des Druides : «  Les âmes qui ont vécu conformément à la vertu connaissent, entre autres bonheurs, ce privilège, qu’une fois séparées de l’âme raisonnable et purifiée de tout élément corporel, elles s’unissent aux Dieux et partagent avec eux le gouvernement de l’univers ». Il définit le mithraïsme comme une structure initiatique à mystères « fondée sur l’idée d’une carrière de l’âme, à l’intérieur d’un cosmos conçu non comme une prison, mais comme un escalier que l’âme doit gravir et dépasser ».

 

Christopher Gérard traite Mithra d’avatar du Soleil comme Savitri Devi traite Adolphe Hitler d’avatar de Vishnou. Le Soleil Noir, le Sol Invictus ne sont pas loin.

 

Christopher Gérard est « devenu un suivant des Dieux, sous le soleil d’un éternel présent ». Puisse le prochain solstice d’été lui être propice.

 

Ivan de Duve

23 mai 2008

 

 

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Publié dans Lectures

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