Le cycle d'Harold

Publié le par Ivan de Duve

Le Cycle d’Harold, désinformation moyenâgeuse !

 

 

Alors que je me trouve plongé jusqu’au cou dans la légende arthurienne, un ami, Georges Hupin, me fait découvrir un ouvrage aussi curieux qu’ Au fil de l’Achéron, un ouvrage qui ressemble à une thèse universitaire (et que comme telle, je classe au niveau de  celle présentée par Ludovic Morel à l’Université de Grenoble, Sous le signe de la roue solaire, Itinéraire politique de Saint-Loup, éditée, un peu grâce à moi, sous le pseudonyme Jérôme Moreau à L’Æncre.

 

 

Mais Anne Dunant n’est pas étudiante ; née le 12 janvier 1956, elle est historienne de l’art et archéologue, spécialiste des tapisseries épiques et des peintures murales médiévales. Après avoir écrit un roman Le maître de l’absence, Éditions Le Cri, 1995, et deux polars Une saison à Spa et Café-Clash, parus tous les deux en 2002 aux Éditions Le Hêtre Pourpre,  elle fonde, en 2007, les Éditions Nox qui éditent à Vielsam Le Cycle d’Harold, Chevalier de la Table Ronde et Guerrier Impie, consacré à la tapisserie de Bayeux. Cet ouvrage, qui ne compte que 128 pages au format A4, est fabuleux.

 

 

Cette tapisserie dite « tapisserie de la reine Mathilde » ou, plus simplement, « tapisserie de Bayeux » a trouvé sa juste place au Centre Guillaume le Conquérant en la Ville de Bayeux, chef-lieu d’arrondissement du Calvados. La tapisserie est « longue de près de 70 m. sur 0,50 m. de large. » Elle a été « pensée dès 1066[1] et réalisée dans les années qui suivirent.

 

« Séquences par séquences, Anne Dudant  nous offre une lecture inédite et celtisante de cette tapisserie, un décryptage des symboles, des initiations, des textes et des mythes qui la composent. Elle ouvre un nombre incroyable de nouvelles perspectives tant pour la recherche historique qu'artistique, religieuse ou sociale. »

 

« Comme beaucoup d’œuvres anciennes, {la tapisserie de Bayeux} possède plusieurs niveaux de lecture. Y voir la conquête de l’Angleterre par Guillaume[2] de Normandie en est un (…) destiné avant tout aux profanes. Derrière cette prise de pouvoir (…) se cachent d’autres histoires, plus riches, plus secrètes, réservées à une élite (…) {histoires qui}, sacrées, religieuses et mythiques (…), nous viennent d’un très lointain passé. »

 

Souvent l’auteur nous parle de mythes indo-européens. Pour ma part, je suis le grand auteur normand, Jean Mabire, qui parle de mythes hyperboréens. Nos ancêtres ne provenaient pas de l’Inde mais de l’Atlantide et de Thulé !

 

L’auteur nous rappelle qu’ « Au Moyen Âge, l’art n’est pas une question d’esthétique, il est un outil de connaissance. Au travers de la conquête, il importait de faire passer un enseignement, de sauvegarder une tradition, de transmettre un savoir ».

 

« L’épopée d’Harold que nous livre la tapisserie est une épopée celtique qui se joue, encore au XIe siècle, à l’ombre des druides, et pour ainsi dire, sous leur protection. » Elle est pratiquement contemporaine de La chanson de Roland qui, déjà, exprime l’enthousiasme religieux face à l’islam, l’amour du sol natal, la fidélité au suzerain.

 

L’auteur nous explique très bien la structure de l’espace de la tapisserie, divisée en trois bandes, celle du centre, plus large, décrit l’histoire d’Harold, celle du haut, plus étroite, le monde d’en-haut, celle du bas, également étroite, le monde d’en-bas.  Chevrons et stries ordonnent le cosmos. Elle nous explique également la structure du temps. L’histoire d’Harold s’inscrit bien entendu dans le temps calendaire mais également dans le temps cosmique d’une année, dans le temps cyclique où le zodiaque et les saisons, les solstices, les équinoxes ainsi que les nombres trouvent leurs places tout comme les arbres, les poissons, les oiseaux et les plantes. « Cet univers unifié, totalement solidaire, baigne, jusque dans ses plus infinies composantes, dans une atmosphère religieuse. »

 

La bande centrale nous conte le conflit qui éclate entre Harold, choisi et sacré par l’assemblée des sages, le Witanagemot, comme le veut la royauté sélective anglaise, et le duc Guillaume (Willelm) de Normandie qui n’a aucun titre à revendiquer la couronne d’Angleterre. Nous, qui avons vécu la seconde guerre mondiale, la guerre du Koweït, celle du Vietnam, celle de Serbie, celle de l’Afghanistan et celle de l’Irak, savons que les vainqueurs réécrivent l’histoire à leur façon. Sous savons même qu’ils imposent leur vision de l’histoire. Vae victis ! Et nous connaissons les méfaits de la désinformation, si bien décrite par le regretté Vladimir Volkoff. Ici la désinformation crée le mythe du guerrier impie. Harold impie ? Saddãm Hussein possédant des armes de destruction massives ? Mêmes escroqueries intellectuelles. Nous retrouvons ici, dans une construction rigoureuse, tous les éléments constitutifs de l’escroquerie : « démesure originelle et crimes du guerrier, avertissements divins et châtiment final ».

 

Anne Dudant retient « trois thèmes majeurs développés tout au long de la tapisserie : celui de l’initiation guerrière et spirituelle, celui de la création et de la restauration du monde à partir de l’œuf  cosmique et la grande bataille eschatologique qui clôt le cycle d’Harold ». Elle ajoute judicieusement : « Au terme de sa double initiation, Harold aura accès è un de ces centres spirituels et sera fait Gardien de la Terre sainte. La littérature arthurienne, fin XIe - début XIIe siècle, leur donne un titre équivalent : Chevalier de la Table Ronde ».

 

Le dieu Soleil a choisi le parti de Guillaume ; il a pour attribut la lance.  Quant au dieu de la Guerre, qui a choisi le parti de l’Angleterre, il a pour attribut la grande hache anglo-saxonne. La lance l’emporte sur la hache. Le duc normand ceint la couronne d’Angleterre. Le vainqueur, comme toujours, fera accroire que le Bien l’a emporté sur le Mal. Vae victis !

 

Notre auteur nous développe avec talent le rapport texte-image. La tapisserie est riche en symboles. Ainsi, la lettre « O » fait des guerriers d’Hastings les héritiers de la dynastie solaire. Sol Invictus. Ainsi un « V » inversé devient un « A ». Ainsi les deux poissons rouge et vert qui figurent le Salut et la Rédemption.

 

Suivent, un par un, les douze signes du zodiaque, commençant,  au solstice d’hiver, par le Capricorne pour se terminer, au solstice d’été, par le Sagittaire. À chaque signe correspond un épisode de l’histoire d’Harold. Vous avez dit « fabuleux » ?

 

La tapisserie dévoile, pour qui sait la regarder en connaissance de cause, l’enseignement ésotérique et initiatique destiné à une confrérie guerrière rassemblant, des deux côtés de la Manche, les membres les plus puissants de l’aristocratie et de l’Église. Harold triomphe des épreuves imposées et a accès à la Ville sainte. Mais, acceptant la couronne d’Angleterre à la mort du roi Edward, il trahit les serments qu’il a faits à la confrérie guerrière. Son parjure entraîne sa chute.

 

Pénétrer dans la Ville sainte équivaut, dans la légende arthurienne, à s’asseoir à la Table Ronde, à entrer dans le Temple, à passer le huitième porte, à accéder au ciel des étoiles fixes, à trouver le Graal.

 

         Suivons les douze signes du zodiaque.

 

1.     Le Capricorne. Harold part vers la Normandie. Sa quête initiatique commence. L’œuf cosmique fait son apparition. « L’initiation n’est pas réservée aux guerriers, tous les corps de métiers y ont droit. Seul différait le secret relatif au métier lui-même », secret permettant aux Compagnons de réaliser leurs chefs-d’œuvre.

 

2.     Le Verseau. Harold rencontre Wido, premier dignitaire de la confrérie guerrière, à qui il se fait reconnaître par le signe du marteau de Thor et à qui il remet son épée.

 

3.     Les Poissons. « La vie, la mort et la résurrection : la nature nous l’apprend chaque année dans un cycle sans cesse recommencé. (…) L’ours représentait le pouvoir temporel chez les Celtes à l’opposé du sanglier qui symbolisait l’autorité spirituelle détenue par les druides.

 

4.     Le Bélier. (…) « … les deux béliers (…) peuvent (…) faire illusion à la quête de la Toison d’or (…) entreprise par Jason qui (…) recherchait un même trésor spirituel. (…) Harold va prendre des engagements vis-à-vis de Willelm, (…) refait le geste ancestral de l’initié, (…) conclut le pacte et ratifie le serment.»

 

5.     Le Taureau. La double initiation d’Harold. « …ce n’est plus la lumière   du soleil qui le guidera désormais mais celle de l’esprit. (… ). Harold a maintenant franchi la porte étroite et vient d’entrer dans la forteresse. (…) C’est donc sous le signe du Taureau que s’accomplira l’initiation proprement dite. Celle-ci se déroulera en deux parties : la première se compose de quatre épreuves liées aux quatre éléments : l’air, l’eau, la terre et le feu ; la deuxième, plus ésotérique, est d’ordre spirituel. »  L’accès à la Terre sainte (…) {qui} correspond à la description de l’Atlantide. »  Mort du roi Edward, couronnement d’Harold. Première trace de la démesure du guerrier impie, son crime. Les premiers présages.

 

6.     Les Gémeaux. Arrivée de l’œuf cosmique en Normandie. « Il sera la monture qui aidera à traverses le désert, c’est-à-dire qu’il sera le compagnon qui guidera Harold pour atteindre le centre caché, l’Essence divine, et grâce à qui, il pourra (…) goûter aux fruits de l’arbre. »

 

7.     Le Cancer. Reconstruction du monde. « … le bois est associé à la Connaissance. Se nourrir de l’arbre, comme le fait l’oiseau, c’est absorber la substance du monde et, par suite, la connaissance absolue, le savoir total, c’est-à-dire la connaissance de l’ordre des choses. »

 

8.     Le Lion. Mise en place de ce nouveau monde. Guillaume reconnu comme celui qui fait tourner la roue.  « Image et texte contribuent, ici, à montrer qu’il y a équivalence entre les différents sacrifices ; que ce soit le sacrifice de l’œuf cosmique ou du Christ, celui du Graal ou de Dionysos, dieu médiateur et régénérateur de la nature ».  

 

9.     La Vierge. Guillaume, gardien de la paix. « Lorsque tu seras près de lui {Harold}, parle-lui ainsi : L’heure du châtiment de tes crimes a sonné. Tu as trahi, à sept reprises, les serments que tu avais engagés vis-à-vis de la Confrérie. Par ton parjure, tu as mis en péril l’Ordre du monde et apporté le Chaos (...) Je tiens du bout du doigt le fil de ta vie ».

 

10.                       La Balance. Guillaume, gardien de la Justice.  « En perdant le ‘sens de l’éternité’ Harold a aussi perdu le ‘sens de l’unité’ ».

 

11.                        Le Scorpion. Premiers assauts de la guerre portant sur le sort de l’homme et de l’Univers. « Harold n’est plus digne d’appartenir à la confrérie gardienne de l’ordre cosmique. » Chute du cheval d’Harold, guerrier impie. « … le Soleil est parvenu au terme de sa course et (…) s’arrête car il a atteint l’Axe du Monde ».

 

12.                        Le Sagittaire.  Triple mort du roi Harold. Guillaume apparaît comme le maître du monde. « … l’autorité spirituelle l’emporte toujours sur le pouvoir temporel ». « Les trois morts d’Harold se situent respectivement dans les domaines de l’ordre religieux, de l’idéal guerrier et de la fécondité réglée. »

 

 

Le cycle d’Harold se termine avec sa mort et « un autre cycle[3] commence (…). Nous sommes dans une spirale et la vie continue. »

 

 

Ivan de Duve

 

11 août 2007

 

 

 

Anne Dudant

 

Le Cycle d’Harold

 

Chevalier de la Table Ronde et Guerrier Impie

 

Éditions NOX, Vielsam  (Belgique), 2007

 

 

ISBN 978-2-9600692-0-4

 



[1] Le 14 octobre 1066, Guillaume le Conquérant vainquit Harold II à Hastings, ville de Grande-Bretagne sur la Manche.

 

[2] Willelm

 

[3] Celui de la légende Arthurienne, des Chevaliers de la Table Ronde, de la quête du Graal !

 

 

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marie le clainche 30/08/2007 17:31

J'ai rencontré Anne lors d'un colloque à Bayeux au mois de mars . Nous avons échangé quelques mots, et nos livres respectifs. J'ai co-écrit  un roman historique sur la Tapisserie de Bayeux :"Les brodeuses de l'Histoire" Denise Morel, Marie France Le Clainche aux éditions Coop Breizh. Elle en avait entendu parler , mais ne le trouvait pas en Belgique . Pour l'instant j'ai prêté le sien à ma co-auteur Denise, sans l'avoir lu, j'espère qu'il ne sera pas perdu dans le monstrueux déménagement qu'elle organise cet été . Anne était aussi présente au marché du livre médiéval de Bayeux en juillet . Guillaume Lenoir que vous connaissez sans doute a beaucoup apprécié "Les Brodeuses de l'histoire ", et en a parlé dans sa revue" Culture normande " Tout ce qui touche la Tapisserie de Bayeux continue de m'intéresser, et les publications sont fort nombreuses .  Bien à vous   Marie France Le Clainche