Et si...

Publié le par Ivan de Duve

Neshat Tozaj

 

 

 

 

 

 

Ils n’étaient pas frères et pourtant…

 

 

 

Albanie 1943-1944

 

 

 

Éditions de la Société des Écrivains

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ISBN : 2-7480-1699-8 – EAN : 982748016994

 

 

 

Raphaël Jerusalmy & Roby Spiegel

 

 

 

 

 

 

Et si… nous étions frères

 

 

 

Préface d’Enrico Macias

 

 

 

Éditions Labor

 

 

 

Collection Grand espace Nord

 

 

 

ISBN : 2804022390 - EAN : 9782804022396

 

 

 

J'ai lu avec intérêt Ils n'étaient pas frères et pourtant... et j'ai aimé l'atmosphère de ce livre qui se passe en Albanie durant les dernières années de la deuxième guerre mondiale.

 

 

 

Le pays était calme et beau ; les gens simples et heureux ; le temps prenait le temps de s'écouler paisiblement. Un jour le propriétaire d'un troupeau de quelques cinq cents moutons était descendu à Vlora, la ville où est né l'auteur de ce livre.

 

 

 

Et deux mondes se rencontrent : la campagne et la ville ; les pasteurs dont le bonheur pouvait se comparer à celui de la truite cachetée dont les écailles miroitent dans l'eau pure et impétueuse du torrent et les citadins parmi lesquels se reconnaissent des fonctionnaires cupides et cruels, des gendarmes brutaux et scélérats, la prison, le tribunal... dont plusieurs avaient l'air rusé, soumis, avide et malhonnête. Et Shpëtim le berger rencontre le pâtissier Johaïm Sareta... Et leurs fils, Sazan et Solomon vont devenir amis. Un jeune Albanais va devenir l'ami d'un jeune juif.

Puis la guerre et ses misères provoque, à Vlora, comme partout ailleurs, des réactions contradictoires.

La guerre avait endurci les êtres, mais sa barbarie avait aussi lourdement marqué les esprits.

 

 

 

Maintenant que des Albanais ouvrent de plus en plus de commerces dans nos pays, ce livre aidera à mieux les comprendre.

L’Ambassadeur d’Albanie en France, S.E. Monsieur Ferit Hoxha, lors de la réception organisée par l’Ambassade pour la présentation de la publication en français d’Ils n’étaient pas frères et pourtant…a dit ceci : Il est malheureusement peu connu dans le monde que pendant la dernière guerre mondiale, il n’y ait pas eu un seul juif remis aux autorités allemandes (…). Bien au contra&ire, les juifs albanais furent protégés, avec les risques connus à l’époque et que nous imaginons aujourd’hui. C’est un paradoxe heureux et unique : l’Albanie est le seul pays européen où, à la fin de la deuxième guerre mondiale, il y avait plus de juifs qu’à ses débuts. C’est précisément cela, cette relation humaine, ce souci extrême de protection d’humains en danger, ce sentiment d’honneur et cette relation d’amour, inspiré d’un fait réel de notre histoire que nous raconte le roman « Ils n’étaient pas frères et pourtant… », dont le titre original est « Shalom ».

 

 

 

Fort bien. Nous savons par Internet que Neshat Tozaj est né à Vlora, en Albanie, en 1943, qu’il a fait des études de droit à l’Université de Tirana, qu’il a fait carrière dans la police, qu’il a été expert en criminologie, qu’il a dirigé le Laboratoire central de Tirana pendant 17 ans, qu’il a participé à la création du Comité albanais pour les droits de l’homme, qu’il a été scénariste aux studios cinématographiques Albanie Nouvelle et chef du département des éditions du ministère de l’Intérieur pendant huit ans, qu’il est journaliste qu’il a publié une vingtaine de livres dont quatre ont été traduits en français et qu’il dirige une société s’occupant de la protection des droits d’auteur Albautor.

 

 

 

Fort bien. Mais pourquoi aucun des quarante sites lui consacrés sur le Ouèbe, aucun ne nous apprend qu’il est musulman ou juif lui-même ?

 

 

 

Écrire un « papier » traitant d’un ami est toujours délicat. Aussi pour parler de Et si… nous étions frères de mon ami Roby Spiegl qui m’a fait l’amitié de me confier son tapuscrit avant de le voir édité, c’est principalement sur l’entretien obtenu avec lui par Oliver Swingedau pour la revue espace de liberté  et publié dans son n° 343 de juin 2003, que je vais me baser. Ici aussi, deux hommes que tout sépare vont se lier d’amitié : le Palestinien Samir et l’Israélien Arnon. Cette amitié trouve sa source dans une passion commune : la collection de montres. Elle a l’immense mérite de sonner juste. Ce qui dans un livre traitant du conflit israélo-palestinien est un exploit ! Le livre est bien écrit et l’action se poursuit en tenant le lecteur en halène. On constate, mais je le savais depuis longtemps, que Roby Spiegl préfère la fraternité à la haine et que, dans son roman, il a réussi à se dégager des diverses orthodoxies qui  tiennent souvent lieu de prêt-à-porter idéologique dans cette partie du monde. Si, avec son complice Raphaël Jérusalmy, ils abordent l’intransigeance de certains dirigeants palestiniens, ils dénoncent également l’étroitesse d’esprit de certains hommes politiques israéliens. Ce qui pour un membre de la Communauté est plus que méritoire !

 

 

 

 

 

 

Roby Spiegl se dévoue à sa Communauté, vient de vendre son affaire (fabrication de ceintures), s’intéresse à l’immobilier où il se montre parfois craintif, a été président de l’O.S.B. (Oudstudentenbond VUB – Alumi), et a participé au Forum der joodse organisaties.  Il s’est récemment associé avec Jean-Louis Caudron et Guy Porré pour exploiter une galerie d’art qui se veut la plus branché des galeries bruxelloises au Grand Sablon, 28 rue de Rollebeek : la RollebeekGallerie 28.

 

 

 

Son récit, Et si… nous étions frères, écrit en collaboration avec son coreligionnaire Raphaël Jerusalmy, pour un premier roman, est un coup de maître.

 

 

 

Le destin de la Palestine et de l’Israël est-il, pour ces deux peuples que tout oppose,  de rester ennemis ? Tout le fait supposer. Et pourtant… Roby Spiegl pense que la paix entre ces frères ennemis est chose possible. Sa démonstration part d’une rencontre entre deux hommes que tout sépare, sauf l’instinct de collectionneurs de montres anciennes : Je suis très intrigué par la description que vous me faites d’une montre de cheminot français du milieu du dix-neuvième siècle car, par le passé, j’ai possédé un exemplaire similaire.

 

 

 

Et, sans cesse, nous passons de cette passion commune à deux réalités antagonistes. Comment seront-ils rémunérés ? – Par le contribuable israélien. (…) Je te ferai parvenir du liquide. À moins que ces Bédouins aient un compte en Suisse…(…) Du liquide, bien sûr. C’est ce qu’il nous manque le plus, le liquide, dans le désert. L’accord entre les deux hommes est conclu de manière traditionnelle : une tape dans la main puis chacun porte sa main à ses lèvres, en amitié, et à son front, en guise de promesse. Ce genre de contrat est souvent mieux scellé que toute convention écrite.

 

 

 

C’est l’histoire qui se rappelle à notre mémoire. L’histoire entre 1948 et 1980. Sur toile de fond à l’histoire des héros du roman, défilent comme des ombres chinoises : David Ben Gourion, Hadj Amin El Husseini, Golda Meir, le Roi Farouk, Yasser Arafat, Gamal Abdel Nasser, Mac Carthy, Ariel Sharon, Anthony Eden, Menahem Begin, Yitzhak Rabin, Abou Iyad, Arthur Rubinstein, Adolphe Eichmann, J.-F. Kennedy, Shimon Peres, le Roi Hussein, Moshe Dayan, Martin Luther King, Robert Kennedy, Nixon, Bob Dylan, Joan Baez, Jimmy Hendrix, Armstrong, Mouammar Kadhafi, Alexandre Soljenitsyne. Avec des pointes d’humour telles que Zazie prend son métro. Samuel Beckett, assis aux Deux magots, attend Godot. Et des rappels d’histoire comme : - Numéro 128, clame le commissaire-priseur. Montre Louis XVI en or avec sa châtelaine à pendants de glands, sa clef, un cachet à sceau de cornaline aux armes du Duc de Berry. Et des vérités pas toujours bonnes à dire : la honteuse manipulation de l’art à des fins politiques.

 

 

 

 

 

 

Un roman d’une époque que nous avons vécue. Il fallait l’écrire. Pour notre mémoire et celle des jeunes. Les jeunes qui seront formés ici, dans les ateliers de la fondation, à l’art de l’horlogerie de précision, ne devront pas uniquement étudier les mécanismes et les techniques. Ila approfondiront des connaissances plus générales, plus abstraites correspondant néanmoins à leur métier. Ils se familiariseront avec des concepts, le concept du temps, la notion de temporalité, l’importance du moment. Ils analyseront le fonctionnement d’autres rouages, ceux de la politique, de l’économie, d’autres mécanismes, ceux de l’histoire, du progrès qu’ils devront transposer et exprimer dans le domaine des montres.

 

 

 

Ce roman, qui a été le plus vendu lors de la dernière foire du livre de Bruxelles, et qui porte sur la situation au Proche-Orient, se termine par deux mots :

 

 

 

-         Et si…

 

 

 

 

 

 

Ivan de Duve

3 janvier 2007

Cet article est paru sur le site Les Manants du Roi :  www.lesmanantsduroi.com du 18 février 2007 sous la rubrique Les Belles Lettres, n° 5149.

Publié dans Lectures

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article