de defensa (suite 2)

Publié le par Ivan de Duve

Volume 22, numéro 02 - 25 septembre 2006.

Titre : Le cas de GWOT Interrogez-vous sur le sentiment des peuples pour découvrir la complète confusion du monde.

Les peuples acceptent l’illusion que {leur imposent} leurs dirigeants. Par « illusion » nous entendons la Grande Menace : la guerre contre la terreur, la Longue Guerre ou ‘…) la Guerre sans fin. En novlangue, cela donne GWOT. (…) La mise en évidence (…) de l’existence d’une fracture fondamentale au cœur de l’Occident, bien plus grave, bien plus conséquente que ce qu’on s’entête à présenter comme un « conflit de civilisation », entre l’Occident et le « péril islamique », comme il y avait, un siècle plus tôt, le « péril jaune » qui allait emporter l’Occident alors que nous eûmes la Grande Guerre qui fut une « guerre civile » au cœur de l’Occident.(…) Le refus de la recréation d’une réalité : là se trouve la véritable fracture au sein du monde occidental, le véritable conflit « au cœur de notre civilisation », - et nullement un « conflit de civilisations ».

Titre : La guerre de 5 ans. Il a fallu cinq ans pour que la théorie du complot sorte du domaine religieux installé autour du 9/11. L’attaque du 11 septembre 2001 comportait un caractère qui la faisait échapper aux lois de l’Histoire. C’en est fini. L’existence d’une théorie du complot et sa prise en compte nous font passer de l’absolu au relatif.

Le 11 septembre 2006, l’OTAN se trouvait plongée dans une crise. L’Amérique qui avait répudié l’OTAN en septembre 2001 comme un organisme sans intérêt(…) est revenue à cette OTAN et lui demande d’accomplir des tâches fondamentales (…) en l’occurrence (…) en Afghanistan. (…) Il faut suivre et observer avec attention le processus qui a marqué les prises de position de l’OTAN vis-à-vis de l’Afghanistan, en l’absence proclamée de l’Amérique depuis la fin 2005. Cet épisode nous fixe sur la dégradation dramatique de l’évolution de la politique américaine. Une évolution spécifique à la fois significative de l’évolution de l’ordre de monde, - ou du désordre du monde, si l’on veut. (…) Aujourd’hui la sécurité fondamentale des pays de l’OTAN ne dépend plus du grand protecteur mais des vassaux eux-mêmes… Horreur, les Etats-Unis n’ont plus les moyens. (…) L’événement que fut 9/11 devait légitimer toutes les puissances et toutes les affirmations… C’est le contraire qui s’est affirmé. Cinq ans plus tard, on peut avancer que l’Histoire nous donne son verdict.

L’OTAN se donne six mois pour l’emporter en Afghanistan, c’est-à-dire pour « conquérir les cœurs et les esprits », - pari redoutable, qui sera évidemment perdu.

Pour la première fois dans l’histoire de l’OTAN, la puissance US, paralysée par ses divers engagements et les revers qu’elle subit, n’est plus la solution de la crise.

Titre : Le système mis à nu : le mémo qui organise un départ triomphal de Blair précipite la crise britannique.

L’impression est que Tony Blair ne s’intéresse plus à la réalité, que seuls sa réputation et son legs politique l’occupent encore. (…) Le Premier ministre britannique a atteint ce stade du virtualisme où lui importe seulement de faire durer le monde qu’il s’est créé, comme un défi au monde réel, comme si cette capacité mesurait à elle seule son habileté et sa créativité politiques.
Titre : Mais le JSF classique n’est-il pas déjà mort ?
Le JSF va devenir aussi une catastrophe américaniste et c’est de celle-là qu’on s’occupera en priorité.

Titre : Naissance de l’Amercian Way of War à Verdun, il y a 90 ans ?
Le concept américaniste de la guerre est un concept quantitatif et non qualitatif. Il s’agit d’écraser une armée par le poids de la machine pour faire plier la volonté d’un peuple. Il y a un rapport direct entre la machine de l’attaquant et la psychologie de l’adversaire. (…) La technologie est effectivement disponible à partir de la guerre de 1914, et la bataille de Verdun est le premier symbole puissant et sanglant de son usage massif pour forcer à la décision fondamentale. Ici, il s’agit des canons de Falkenhayn, là des bombardiers de LeMay, là encore des escadres de chasseurs d’attaque de l’OTAN de Wesley Clark ou des « forces de la coalition » de Tommy Franks en 2003 en Irak, ou de Tsahal au Liban à l’été 2006.

Tous les discours actuels sur la sophistication, la précision « chirurgicale », la modernité technologique, etc., représentent un nuage de fumée épandue sur la réalité.

Nous voici donc devant une crise majeure, fondamentale, du concept moderne de la guerre. Cette crise sera d’autant plus terrible jusqu’à être fondamentale que les acteurs principaux, du côté des fauteurs de guerre, - principalement la bureaucratie et tout ce qui va avec – n’ont absolument rien compris à l’événement et y comprendront de moins en moins. Les mesures préconisées et qui seront préconisées aggraveront les conditions de la crise. L’absence de défaite complète de la bureaucratie permet en effet d’arguer que cela n’a pas marché parce que la formule perdante n’a pas été appliquée avec assez de vigueur. L’une des premières recommandations faites par la bureaucratie et l’industrie israélienne devant l’échec du char Merkava au Liban a été la relance de la chaîne de production du char Merkava, dans une version plus blindée, plus lourde, moins mobile… La réalité a toujours tort face au virtualisme. (…) L’American Way of War n’est rien d’autre que la transcription bureaucratique et militaire de la mécanisation du monde. (…) La mécanisation instituée pratiquement comme philosophie de guerre entraîne une poussée déstructurant qui fait naître les mêmes résistances notamment au niveau psychologique. Les armées hyper-mécanisées, appuyées de plus en plus sur des soldats-techniciens, trouvent leur principal obstacle dans le patriotisme et la défense de la terre natale. C’était l’enjeu à Verdun. C’est un facteur dont Tsahal n’a pas tenu compte en attaquant le Hezbollah.

Titre : Cinq ans après.
Cinq ans depuis 9/11. Peu de choses en durée certes, un monde pourtant. Alors comment va le monde ? Eh bien, d’abord rien ne s’est passé comme les pensées conformes générales pouvaient le penser. Deux choses étaient annoncées urbi et orbi au lendemain du 11 septembre. C’est le contraire qui s’est produit. D’abord, 9/11 n’a pas du tout rapproché les USA du reste du monde, de ses alliés surtout ; ensuite, l’hyper-puissance américaniste n’a nullement confirmé et verrouillé ce statut. C’est une étrange séquence historique. Nul, parmi les experts, ministres et spécialistes de nos élites occidentales, ne serait aventuré à penser qu’en cinq ans, le statut, la réputation et la puissance de la grande Amérique seraient tombés aussi bas, et qu’ils seraient tombés aussi bas dans l’isolement, la détestation à peine dissimulés. C’est un de ces tours de passe-passe de l’Histoire qui laissent cois ceux qui croient que l’Histoire fonctionne selon les règles de l’humaine nature.

Ivan de Duve, le 13 novembre 2006.

Cet article est paru le mercredi 15 novembre 2006 sur le site www.lesmanantsduroi.com rubrique "Les Royalistes", sous-rubrique "L'autre presse à lire", titre "Il ne le quitte plus!" clic sur "Lire la suite".

Publié dans Revues

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