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Publié le par Ivan de Duve

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Directeur de la publication bimensuelle : Philippe Grasset

 

 

 

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 Cet article est paru le mercredi 15 novembre 2006 sur le site Internet www.lesmanantsduroi.com (rubrique "Les Royalistes" puis "l'autre presse à lire" puis sous "Il ne le quitte plus!" clic sur "Lire la suite".

 

Voici une revue qui ne ressemble à aucune autre. Pas d’illustrations, pas de brèves, rien que des articles de fond. Mais quels articles ! C’est la revue la plus intelligente que je connaisse. Je viens de lire, d’une traite, les trois derniers numéros parus. Quel enrichissement pour l’esprit ! Bravo et merci Philippe Grasset. Qu’on en juge :

 

Volume 21, numéro 20, 10 juillet 2006.

 

Sous le titre Aube crépusculaire, Philippe Grasset écrit : Le jugement reste en général porté à envisager un soutien à la politique US (…) alors que la réaction générale repousse d’une façon radicale la forme qu’a prise cette politique. Quelle signification donner à ce phénomène, sinon que les condamnations et jugements sévères sur la puissance US révèlent de la psychologie et non de l’opinion ou de l’idéologie (…) il s’agit d’une révolte de la psychologie devant la tension qui lui est imposée par cette politique (…) Il y a une sorte de refus de la mobilisation aveugle à laquelle appelle la politique américaine en cours.

 

Et sous le titre Tout le monde aux abris…, il poursuit son analyse avec pertinence : la politique général est nécessairement inscrite dans le processus d’une constante radicalisation. Elle existe dans un monde virtuel. Chaque initiative qu’elle prend ne tient aucun compte de la réalité, et l’effet sur la réalité est inverse à ce qu’elle en attend. Raisonnant selon les règles du monde virtuel et non selon celles de la réalité, elle est conduite sans cesse à se radicaliser pour tenter de s’imposer à la réalité après l’échec précédent. (…) Si le phénomène même de la critique veut survivre, il doit abandonner tout espoir de réformisme. Il doit évidemment se radicaliser et devenir total. Rien de plus logique enfin puisqu’il se trouve face à un système global.

 

Puis, sous le titre On prépare le paradigme suivi du sous-titre La critique contre la politique remplacée par une guerre contre la pression exercée par la politique. On ne saurait mieux dire ! : On proposerait finalement l’idée que ce qui fait juger (…) la politique actuelle de l’administration GW[1], c’est moins le contenu de cette politique (…) que la tension permanente (…) que cette politique impose aux psychologies. Il y aurait là plus une révolte contre des mécanismes (…) que contre des hommes (…) ; c’est-à-dire {une opposition} contre le système en tant qu’il est devenu une machinerie incontrôlable.

 

P.G.[2] souligne que : L’identité est la principale, l’essentielle, - on pourrait même dire la seule- force structurante. Et, cette fois-ci sous le titre Le fondement de la critique radicale, outre d’être la seule possible, est qu’elle seule est capable d’identifier l’objet de sa critique, il précise : Quelle est la marque de la crise de notre temps ? C’est du Nietzsche à l’envers. La transmutation dont nous sommes menacés, au lieu d’accomplir notre autonomie et notre libération par l’affirmation évidemment identitaire, engendre un processus de déstructuration globalisée et implique sous couvert de l’argument de la libération économique, l’effet de destruction de l’identité. (…) Face à une agression qui est moins une opinion différente que la menace fondamentale d’une transmutation de l’être, la réaction identitaire s’exprime dans le champ politique par la réaction fondamentale de la souveraineté.

 

Sous le titre suivant Le cas du patriotisme suivi du sous-titre « Patriotisme économique » ? On se méprend sur le terme en raisonnant en termes dépassés, PG nous rappelle que : La psychologie est le principal champ de bataille de la globalisation. Les affrontements autour d’elle s’expriment par la culture, la politique, et s’affirment au moyen de la réaction identitaire et souveraine. Puis, logiquement, sous le titre : Le patriotisme revu dans le cadre de la globalisation : une force contre l’agression d’une sorte d’hyper-nationalisme systémique, il continue : Il[3] identifie une menace qui pourrait être identifiée comme un processus d’hyper-nationalisme (à l’image du pangermanisme hier, et qui pourrait être conçu comme du panaméricanisme), dont l’effet est de réduire, de détruire toutes les identités nationales au nom de sa propre affirmation expansionniste. L’hyper-nationalisme que dissimule la globalisation est un système, une sorte de monstre qui ne peut se nourrir que du sang des autres (l’image du vampire revient sous la plume). Contre lui, seule l’affirmation souveraine de l’identité peut intervenir efficacement.

 

Plus loin, sous le titre Une rancœur impitoyable, PG peaufine son raisonnement : On peu souvent, malgré l’abondance des sondages et des enquêtes une mesure aussi forte de l’effondrement de la perception favorable de l’Amérique ces dernières années. (…) Il s’agit moins d’une confrontation d’opinions complètement irréconciliables, qu’un affrontement de matières désormais étrangères (un choix idéologique affrontant une rage psychologique). Et sous le titre Comment une telle révolte de la psychologie s’exprimera-t-elle dans une politique, - voilà le mystère de ce temps historique, PG poursuit : Ce problème est celui de la transcription dans le champ politique de ce formidable déséquilibre entre les politiques officielles et le sentiment de révolte et de rage qui est inscrit dans à peu près toutes les psychologies.(…) La notion même de contrôle des choses a disparu. Nous ne pouvons que constater les inconséquences extraordinaires d’une politique qui est d’abord l’expression d’un désordre sans cesse en augmentation, et de la confrontation de cette politique avec la rage d’une psychologie qui ne supporte plus ce désordre. (…) Nous sommes aujourd’hui les jouets d’une Histoire déchaînée.

 

PG passe ensuite à un autre sujet qui illustre son propos. Sous le titre L’identité perdue du JSF[4], PG peut légitiment affirmer : (…) avec le JSF nous tenons ce qu’on nomme un « projet de civilisation ». C’est un cas exceptionnel, un cas sans précédent par son ampleur dans l’histoire des civilisations, où une branche fortement spécialisée de l’activité humaine, et fortement contenus dans un domaine très spécifique, tend, par son énormité et l’ampleur de son ambition, à sortir de ce cadre étroit pour (…) nous «  interpeller » tous – c’est-à-dire s’imposer à nous, contre notre gré s’il le faut, comme un fait majeur de civilisation. Cette idée n’est possible qu’à notre époque postmoderne, avec la puissance des communications et le développement du phénomène du virtualisme se transformant en idéologie.

Sous le titre L’ambition démesurée du programme et les méthodes qui lui sont évidemment appliquées impliquent rien de moins que le déni de toute identité, PG poursuit son analyse : (…) le travers absolu de cette énorme chose (…) c’est son absence d’identité. (…) Et l’on peut se poser cette question (…) quelque chose qui est privée d’identité et qui s’est pourvue de si hautes ambitions (…) cette chose peut-elle « marcher » ?(…) Nous avançons l’hypothèse que c’est cette absence d’identité du JSF (…) qui permet aux alliés des Américains, d’habitude doux comme des moutons, de se déchaîner,  d’exiger, de mégoter, de négocier, etc., jusqu’à ouvrir « une crise dans la crise » qu’est le programme JSF, (…) qui peut expliquer (…) l’extraordinaire attitude des Britanniques, qui ont encaissé pendant 60 ans toutes les humiliations possibles (…) et qui, soudain, affichent leur colère, leurs exigences, leurs accusations.

 

Le chapitre suivant traite de l’OCS[5], dite Pacte de Shanghai, qui regroupe la Chine et la Russie ainsi que le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Au départ[6], vue comme une association de perdants, (…) la réunion du 15 juin 2006 (…) a bouleversé cette perception. (…) Le Pacte est devenu le support (…) d’une grande alliance énergétique entre la Russie et la Chine. (…) La coopération militaire s’est largement étoffée (…).  Désormais le Pacte a un sens politique et un sens géopolitique (…). Ce sont les pressions hostiles des Américains pour freiner une évolution de l’ICS (…) qui, d’une façon fondamentale, ont suscité et accéléré cette évolution. (…) Il s’agit d’un phénomène typique de l’après-Irak, c’est-à-dire de la période de plus en plus marquée par la réduction, voire la débâcle de la puissance américaine en Irak. En même temps que cette débâcle se confirmait, la politique de pression et d’influence de Washington se poursuivait comme si de rien n’était – c’est-à-dire comme si la puissance militaire US était intacte (…). Les actions déstabilisantes des USA (…) deviennent le principal moteur d’une évolution historique qui s’oriente vers deux situations : le passage de l’uni polarité vers la multipolarité de la formation de facto d’un bloc anti-américain dont le noyau serait le pacte de Shanghai. (…) Il s’agit là d’une fatalité marquante de la période actuelle. Désormais la politique US ne semble plus avoir qu’un but : se mettre au service du courant historique fondamental qui se forme pour conduire, par ses effets contre-productifs, à la constitution d’un ensemble stratégique anti-américain. Il serait bienvenu que l’Europe s’intéresse au pacte de Shanghai[7] et s’avise de la réalité de l’évolution historique qui l’anime.

 

Je passe sur des considérations, au demeurant, intéressantes, sur la crise du missile nord-coréen, l’affaire des tribunaux d’exception de Guantanamo, les dons de Bill Gates et William Buffet pour aider les pauvres du monde entier. Vous connaissez ma définition de la coopération : « La coopération consiste à prendre l’argent dans la poche des pauvres des pays riches pour le mettre dans la poche des riches des pays pauvres qui ristournent une commission importante aux riches des pays riches ».

 

J'en reviens à La guerre contre l’Irak et le cas du programme JSF, -triomphe et mise en question du projet anglo-saxon fondamental,- vus par les Britanniques.

 

La politique de Blair a contribué à alimenter les contradictions potentielles de l’alignement sur les Etats-Unis. Mais il fallut un événement paroxystique qui constitue le catalyseur de cette prise de conscience. Le 11 septembre a joué ce rôle.

 

L’ampleur de l’échec de l’Irak, de l’échec de Tony Blair, de l’échec du néo-Empire anglo-saxon, fut à mesure des espoirs qui avaient été soulevés en 2002-2003. Une des deux principales dimensions  de l’alliance américaine était ainsi touchée de plein fouet, réduite à néant dans les sables et l’insurrection générale en Irak. On imagine la vigueur de cette déception, comme on avait pu constater avec étonnement la vigueur de l’ivresse qui avait touché les têtes les mieux faites de l’establishment londonien lors de la phase néo-impériale qui avait précédé. On comprend alors, on devine déjà, que le deuxième volet de cette entreprise de démystification et de désacralisation se trouve évidemment dans l’affaire du JSF. (…) La déception est là aussi à mesure. Elle explique la rage extraordinaire des Britanniques, la violence de leurs revendications auprès des Américains, telle qu’on a pu la mesurer depuis décembre 2005 à propos du JSF. (…)

 

La situation anglo-américaine est aujourd’hui plongée dans une clarté inattendue et débarrassée de toutes ses ambiguïtés. C’est une situation complètement nouvelle. Pour les Britanniques (…) cette situation se résume à une question fondamentale (…) peut-on avoir encore une existence nationale souveraine en coopérant de façon si serrée avec les USA, c’est-à-dire en suivant si aveuglement une politique à la fois erratique, imprévisible, exigeante et prédatrice de la souveraineté nationale des autres ? (…) le cœur n’y est plus. Une chose terrible s’est passée dans les trois dernières années(…). Une mystique bâtie il y a plus d’un demi-siècle, par un Premier ministre terrible et sentimental, au cœur d’une situation de vie ou de mort, cette mystique qui était aussi le dernier rêve de l’Empire britannique s’est bruyamment dissipée au milieu des aveuglements unilatéralistes de l’équipe Bush-Cheney.

 

Washington se débat dans un désordre inextricable. (…) l’administration GW Busch est chaque jour dénoncée pour son impuissance et ses retraites précipitées (…) quel étrange destin pour « l’axe du mal ».

 

Les petits hommes subissent les événements alors qu’ils prétendaient (…) les avoir saisis dans une poigne qu’ils jugèrent d’une puissance sans précédent. (…) Le sommet de Saint-Pétersbourg nous informera officiellement que nous avons changé de temps historique.

 Ivan de Duve

13 novembre 2006

 

Publié dans Revues

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