Journal de mes 20 ans (3)

Publié le par Ivan de Duve

    La véritable amitié est aussi rare que le véritable amour... et aussi belle. Heureux celui qui la rencontre. Ii doit tout faire pour la conserver. Un des meilleurs moyens est de l’entourer d’une délicates­se extrême. La délicatesse donne toujours aux objets un surcroit de valeur. La délicatesse d’un objet d’art, la délicatesse d’une pensée, la délicatesse d’une intention, la délicatesse d’un corps, la délicatesse d’une amitié, la délicatesse d’une amour en font la beauté. France est d’une délicatesse exquise. Délicatesse et naturel sont ses deux principales qualités ;  elles suffisent à compenser tous ses défauts. Tout faire pour conserver son amitié. L’amitié de Tchoun est plus virile ; elle ressemble à la poignée de mains de deux adversaires qui ont su reconnaître chacun le mérite et la valeur de l’autre. Elle est plus difficile à prouver. Elle est plus sauvage. Elle n’en est pas moins grande.

 

    Toute vertu, comme tout vice, n’est une qualité que si celui qui les possède est supérieur.

 

Marinette m’écrit ‘qu’elle connait un monsieur qui lui dit toujours sois simple. Elle précise que simple et naturelle, pour lui, signifie se laisser faire, abandonner toute réserve et toute pudeur. Elle ajoute que France dont je lui ai parlé est peut-être vraiment naturelle, La nuance est intéressante et j’en profite pour définir simple et naturelle en me servant des mots du monsieur en question. Quelqu’un est naturel ou ne l’est pas. Quelqu’un qui est compliqué peut être simple et vice-versa. Est naturel celui qui agit suivant ses instincts et sa nature (et non qui se laisse faire), qui ignore réserve et pudeur (et non qui les abandonne). N’est pas naturel, celui qui connaît réserve et pudeur. Est simple, celui qui, naturel ou non, se contente d’être ce qu’il est et ne joue pas à paraître le contraire. Est compliqué celui, qui, naturel ou non, joue à paraître le contraire. On nomme souvent celui qui n’est pas naturel, civilisé dans le sens de réservé, pudique... mais ce mot peut aussi signifier cultivé.

 

                      Naturel                                                                                             Civilisé

 

Simple                                  Compliqué                                           Simple                                 Compliqué

 

    Le monsieur dont question voulait dire :  toi qui es civilisée, sois compliquée en paraissant naturelle. Or je n’estime que les gens simples, qu’ils soient naturels ou non. Je préfère les gens naturels et simples. Et, à la réflexion, bien que cela ne me semble pas vraisemblable, le monsieur pouvait encore vouloir dire : toi qui est naturelle, sois simple, J’estime les gens compliqués seuls susceptibles d’être trai­tés de corrupteurs. Et André Gide ne peut l’être car Gide est naturel et simple ; son but est précisément de butter contre toute invasion en lui de civilisation et la diversité de ses œuvres ne provient que de ce qu’il accentue, dans chacune d’elles, un seul trait de son caractère, un seul côté de sa personnalité.

 

    Je lis avec délices Le rouge et le Noir. Au chapitre 30 du tome I, Julien vit avec madame de Rênal ce que j’ai vécu avec Claude (et décrit ci-dessus dans ce journal) : “Un peu plus tôt arrivés, le retour aux sentiments tendres, l’éclipse des remords chez madame de Rênal eussent été un bonheur divin ; ainsi obtenus avec art, ce ne fut plus qu’un plaisir. À Julien, il avait fallu trois heures pour obtenir une preuve d’amour identique à celles reçues dans le passé.

 

Il ne m’a fallu que trente minutes : notre civilisation est rétrograde. Il est vrai qu’en 1830 on disposait de trois heures. En 1954 il est rare de disposer de trente minutes.

 

    Je pense à cette petite prostituée si gentille qui m’offrait son corps pour y reposer, comme on se repose dans un calme paysage ou devant la mer, le soir ; et je pense à cette petite pucelle si mé­chante qui m’opposait un mur auquel je me heurtais comme on se heur­te à une pluie trop froide ou à un soleil trop lourd, le midi. Et je me dis que la première est plus pure que la seconde. Et je me dis que je préfère la première à la seconde. Et je sais que je n’aimerais pas revoir la seconde mais que j’aimerais retrouver la première et voir si elle n’a besoin de rien et l’aider si c’est nécessaire. Hélas, elle fait partie de ce genre de souvenirs que l’on ne retrouve jamais.

 

    Je me promène, les mains dans les poches, sur le chemin de la vie ; j’ai mes pensées et mes idées, ma personnalité et ma conscience et malgré cela je me heurte toujours à un au-delà, au-delà de mes pensés, au-delà de mes idées, au-delà de ma personnalité, au-delà de ma cons­cience. Je suis la Tour de Babel. J’ai beau me saouler de chacune de mes nouvelles pensées, de chacun de mes nouveaux étages, je me heurte tou­jours à un nouvel espace vide qu’il me faudra combler. Je me heurte à un abîme. Et c’est ma condition puisque je ne puis exister qu’en m’opposant, Je suis, parce que je m’oppose au néant. Et comme le néant n’a pas de fin, mon être n’en aura pas. Mais la Tour de Babel n’est pas une utopie car s’il est vrai qu’elle n’atteindra jamais le ciel, elle n’en gran­dira pas moins. Et c’est cela qui compte : viser l’absolu non point 1’atteindre.

 

 

    Combien, n’es-tu pas insensé, toi qui prétends que l’homme peut négli­ger la chair pour ne vivre que de l’esprit ? Tout autant que celui qui prétend que l’homme peut se passer de l’esprit pour ne vivre que de la chair. Ne sais-tu donc pas que l’esprit ne peut agir, ne peut créer, ne peut vivre que lorsque la chair promet et ne sais-tu pas que la chair ne peut rêver, désirer, promettre que lorsque l’esprit travaille. Insensé. Ne comprends-tu pas que lorsque l’esprit te donne satisfaction, c’est au prix de l’exil de la chair ; et toi ne comprends-tu pas que l’esprit est banni lorsque la chair donne.

 

 

Suis-je donc seul à savoir que lorsque la chair promet l’esprit rêve ; que lorsque l’esprit promet, la chair rêve... et que c’est ça le bon­heur, cette union de promesse et de rêve ?  Suis-je donc seul, lorsque je jouis dans la chair ou dans l’esprit à percevoir cette nostalgie de l’équilibre perdu ? Ah ! Prêtres, ah ! viveurs, quelle race est donc la vôtre qui nommez bonheur le plaisir en ne remarquant pas le goût amer de ce bonheur ; en ne vous doutant pas que le bonheur est DOUX...

 

 

    Seule la liberté met l’homme à l’abri de l’emprise du mal. Le suici­dé est un faible non pas parce qu’il refuse 1e jeu de la vie mais parce que sa liberté n’est pas assez grande pour s’opposer au mal. Le suicidé est un être qui devant le risque de voir le mal anéantir sa liberté (et partant son essence) cherche son salut philosophique dans le néant ; acculé par le désespoir mais refusant de ne pas être lui-même, le suicidé se veut du bien par sa mise à l’abri du mal.

 

    L’homme n’est pas un esprit accoudé au balcon de son corps.

 

    Rencontré Janine Decaux de Dinant :  petit lapin intelligent.

 

 

    Pour affirmer que ma poësie est valable, il suffit d’en chercher l’origine. Or l’origine s’en trouve dans une nécessité absolue, dans un impératif catégorique et ceci est preuve de valeur, d’intention. La valeur des poëmes : leur travail.

 

 

    Lu :     - Le spermatozoïde : le bandit à l’état pur.

 

               - Rater sa vie : accéder à la poésie sans recourir au talent.

 

 

    Le sol, sous un trop grand soleil, n’est pas fertile parce que la ter­re se refuse. [1]

 

 

    Le caractère est une entité ; l’intelligence est un certain fini du caractère. (André[2], Mickey[3] considèrent l’intelligence comme une entité correspondant à la cultür allemande : connaissances assimilées et dynamiques). La personnalité est le caractère vu. Un caractè­re inintelligent aura donc une personnalité réelle (qui reflète exac­tement le caractère) ; un caractère intelligent (se possédant et se servant de cette possession pour agir dans un certain sens) n’aura pas de personnalité réelle. Et c’est parce que non-réelle que la personnalité est grande et a de la valeur. Claudel est un caractère inintelligent, le lyrisme n’étant ­pas un certain fini du caractère. Valéry est un caractère intelligent. Personnellement, j’estime un homme en fonction de son intelligence. L’exemple de Valéry me force à préciser que certain fini n’égale pas nécessairement coté rationnel. Les Allemands, par exemple, sont des caractères intelligents (Gœthe, Schelling, Beethoven) bien qu’irrationnels. J’estime en outre que tous les génies sont intelligents. C’est peut-être ce qui me pousse à prendre comme critère de valeur l’intelligence et non le caractère, le côté fini de l’entité et non l’entité. Mickey. lui, prend la serviabilité com­me critère. C’est ce qui explique que Mickey préfère Thierry à Tchoun et que je préfère Tchoun à Thierry.

 

 

    Le Bien et le Mal. Le Mal existe-t-il ? Définissant le Mal on arrive à dire que le Mal est un (article indéfini). Bien ! Ce qui oblige à conclure que le mal existe s’il y a un ordre qui ne soit pas celui de la personnalité totale[4] ; que le mal n’existe pas s’il n’y a pas d’ordre ou s’il y a l’ordre de la personnalité totale. En effet, dans le, cas d’un ordre non-individualiste, le mal égale un bien et, n’égalant pas le bien, lui est opposé, existe. Dans le cas d’un non-ordre ou d’un ordre individualiste le mal égale un bien, égale le bien et n’existe pas. Quant à prouver l’ordre existant... est-ce possible ‘? Et l’incertitude règne. Comme toujours. Comme partout.

 

 

    Une saine démocratie ne peut exister que si tous ses membres se connaissent personnellement. D’où  le danger qui mine les démocraties actuelles. Revenir à Athènes, à Sparte.

 

 

    Un jeune intellectuel ne peut aimer totalement car rien ne peut le satisfaire pleinement. Il peut aimer plus ou moins mais n’atteint jamais l’amour total. C’est pourquoi un jeune intellectuel éprouve des difficultés à se marier ou répugne à le faire. Ce n’est qu’avec les années qu’il deviendra disponible à l’amour. Car l’amour est un dieu qu’il faut servir et non un esclave qui vous sert. Et le jeune intellectuel qui ne peut satisfaire aucune amour humaine a besoin de pouvoir reposer son large front sur une tendre épaule. Et dès que la froideur de ce front rencontre la chaleur de cette épaule, se dressent en lui mille questions et mille problèmes au lieu de la paix, du calme, du bonheur désirés. C’est l’épaule qui supportera le mieux ce front armé en bataille que ce front épousera.

 

 

    Revu Claude à Paris : c’est fou ce, que je suis attiré par son intelligence, par son pessimisme intelligent. Elle était retranchée derrière une vitre et aucune communication n’était possible. En la quittant, je lui ai fait promettre une lettre (longue) d’explication.

 

 

Chère Claude,

  J’excuse d’autant plus facilement ton silence que je n’ai pas à 1’excuser ; tu es libre de parler ou de te taire, d’agir ou de ne pas agir. Et flâner ou errer est souvent forme d’action. Et il n’y a jamais trop de choses pour ne pouvoir les expliquer,  les dire, par lettre. Car tu m’as promis une lettre d’explication. Cette lettre, je l’attends,... et tu sais que pour moi le temps ne compte pas. Tu me connais, Claude, tu es asses intelligente pour me connaître et tu sais très bien que c’est cette intelligence que j’aime surtout en toi, qui est un certain côté fini du caractère et non une entité, alors comprend que sans cette lettre je ne puis venir... et fais-moi le plaisir de me l’envoyer pour que je puisse venir. Tu sais très bien que ceci n’est pas du bas chantage dans le genre à ton tour ; tu sais très bien que je ne donne ni après avoir reçu, ni pour recevoir... et tu sais très bien que j’aime savoir le sens de mon offrande, tout comme j’aime connaître le sens  de ton offrande. Car devant un don, on peut se sentir comblé, et éprouver l’amour ou lésé et éprouver la haine. Et il ne m’est pas égal d’engendrer l’amour ou la haine. J’espère aussi te voir bientôt…  à Noël par exemple… alors écris-la cette missive... Je t’embrasse,

Eu hier soir longue discussion avec Gisèle. En est résulté ma prise de position vis-à-vis de la philosophie. Ma conception de la philo­sophie part de la définition qu’en donne Camille Huysmans[5] « La phi­losophie est un exercice de l’imagination qui tente de prouver ce qui n’est pas ». Ceci s’oppose à la conception classique qu’adopte Gisèle suivant laquelle La philosophie est un discours en profondeur sur les choses. Je base le bien-fondé de ma définition sur ceci que la philosophie n’atteint jamais la Vérité mais exprime des vérités ; qu’elle se réduit à des systèmes philosophiques ; partant qu’il n’y a pas de Philosophie ; qu’il n’y a que des philosophies. Et je constate, à l’appui de ceci, que les philosophes ne discourent pas on profondeur sur les choses mais atteignent par raisonnements ou expériences des conclusions à divers pro­blèmes. Ainsi Platon, pour définir le Beau, recourt à un raison­nement prouvant que le sage part de la beauté d’un corps, atteint la beauté de plusieurs corps, atteint la connaissance du beau, atteint la beauté pure. Ce cheminement n’a aucune importance en lui-même. Ce qui importe, c’est la notion de Beau. Et ce n’est pas un discours en profondeur sur les choses qui a permis à Platon d’accéder à la notion de Beau mais bien un exercice d’imagination qui lui a permis de prouver ce qui n’est pas, à savoir qu’un homme atteint la notion de beau par la connaissance intellectuelle du beau basée elle-même sur la connais­sance physique du beau. La philosophie est donc un art ; un jeu divin. Et il n’y a pas un acheminement vers la Vérité ; mais une succession d’exercices prodigieux de l’imagination ou de l’intelligence comme il y a, en peinture, non pas un acheminement vers la Peinture, mais une succession de réussites prodigieuses.

 

 

    La soirée dont je parlais hier, s’est terminés par un flirt du tonnerre au cours duquel j’ai fait jouir Gisèle ou, plus exactement, au cours duquel Gisèle a tacitement accepté que je la fasse jouir. Après quoi, elle m’a demandé ce que je pensais d’elle. J’ai toujours pensé que c’était une garce ; mais à ce moment-là, Je pensais qu’elle avait accepté que je la fasse jouir, non parce que garce mais parce que “chauffée”. Je ne lui ai pas répondu car c’était un dilemme : ou, bien je lui répondais que je la trouvais garce et elle en aurait conclu que je la trouvais garce parce que elle s’était laissé faire ; ou bien je lui répondais que je la trouvais honnête. Dans les deux cas, je ne disais pas la vérité. Elle m’a quitté furieuse que je n’aie pas répondu. Après tout, qu’elle aille se faire foutre !

 

 

    Le problème qui se pose à mon esprit est le suivant : Y a-t-il moyen l’appliquer ma définition de la philosophie à l’amour, à la vie? Autrement dit, l’amour serait-ce un art, un jeu divin (supérieur) qui permettrait de prouver ce qui n’est pas, d’accéder à une conclusion (augmentation, jouissance, affirmation) par un jeu qui serait faussé puisque ses règles ne devraient pas permettre d’y accéder. La vie serait-elle un jeu qui lui aussi permettrait d’atteindre des résultats que le jeu ne permet pas d’atteindre en lui-même mais qu’il permet d’atteindre parce que dans des mains humaines? Un grand amour (Ulysse - Pénélope) qu’est-ce? Peut-on dire que c’est un état auquel est arrivé un couple par dei moyens qui en-soi ne permettent pas d’y atteindre? Une grande vie, qu’est-ce? Un état que les moyens ne permettent pas d’atteindre? La même chose, sur un autre plan, qu’un grand tableau, un grand livre? Ou est-ce autre chose? Un jeu? Si oui, quel héros de roman que ce joueur qui joue sa vie; que cet amant qui joue son amour. Si oui, quel homme que celui qui joue son amour, qui joue sa vie...:

 

 

D’une manière magistrale, avec tous les as et tous les atouts. Le plus grand homme serait-ce le plus grand joueur? Comme le plus grand peintre serait le plus grand artiste? Et pourquoi, pourquoi pas? Lire à ce sujet la préface de Malraux à L’amant de Lady Chatterley qui conclut que l’expérience de l’amour ne brise pas la solitude l’homme: « Pour l’homme qui cherche si  passionnément sa raison d’être (dans l’érotisme) je me méfie des garanties cachées au plus profond de la chair et du sang. Je crains alors et leur nature et leur durée. Car la  grande saveur de solitude accompagne ces personnages de Lawrence : Pour ce prédicateur du couple, l’autre ne compte guère. Le conflit ou l’accord s’établit entre l’être et sa sensation ».

 

 

    Lettre de Claude.

 

 

    Longue conversation avec Mickey. J’estime qu’il est possible pour un garçon d’aimer très réellement plusieurs jeunes filles à la fois ; à une fille d’aimer réellement plusieurs garçons à la fois... Aussi longtemps que ne se pose pas de manière réelle la question du mariage. Une fois que le mariage se décide, celle (celui) que l’on épouse de­vient le seul avec qui un amour physique est normal. Avant que je ne décide d’épouser une telle, je puis en aimer charnellement plusieurs. Le Petit Prince aimait à la fois la rose de sa planète et le renard de la Terre, chacun des deux étant pour lui unique et irremplaçable. Ceci n’est pas l’approbation du flirt. Flirter c’est prétendre à l’autre qu’on l’aime quand on ne l’aime pas. Ici l’on prétend aimer quelqu’un en 1’aimant tout en en aimant un autre. L’amour charnel avant le maria­ge peut porter sur plusieurs personnes tout comme 1’amour maternel peut porter sur plusieurs enfants. Mais une fois que le mariage se décide, l’amour charnel ne peut plus porter que sur une personne car c’est ce­la le mariage : un choix basé sur une préférence.


         Influence de l’éducation chrétienne : On lui a dit : Si tu couches avec une femme et que tu la mets enceinte, c’est un crime ! Il a réagi en disant : Si je couche avec une femme, je suis criminel. J’ai besoin de jouissance. Donc je me masturbe ! À sa masturbation, il a attaché l’idée de faute, mais entre deux maux on choisit le moindre. Il s’est marié. Et marié, ce fut la même chose : il se masturba au lieu de faire l’amour à sa femme…

 

 



[1] Expression d’André Pauwels

[2] Pauwels

[3] Cuyckens

[4] Nietzsche

[5] Ministre belge socialiste et intelligent

Publié dans Journal intime

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