Louis-Ferdinand Céline

Publié le par Ivan de Duve

 

Qui suis-je ? Céline

 

 

 

 

 

J’avais lu le Céline[1] de Pol Vandromme et l’avais trouvé excellent contrairement au Léon Degrelle au service d’Hitler[2] du même critique que j’ai trouvé exécrable et aussi éloigné de Leningrad que Vandrommme est proche  de Charleroi  et, assis à sa table de travail, aussi différent d’un Marc Augier[3] qui, lui, a eu le privilège d’être assis à la table d’un Chef pour l’inverviouver. Et puis, je le reconnais, après la sublime biographie de Dominique de Roux[4], j’éprouvais une certaine appréhension à lire tout autre ouvrage traitant d’un auteur.

 

 

 

C’est pourquoi, j’ai ouvert Qui suis-je ? Céline[5] avec réticence. Et bien, moi qui, en règle générale, préfère l’original à sa critique, j’ai lu avec plaisir cette monographie de Pierre Lainé dont l’édition a été établie par mes amis Arina Istratova et Marc Laudelout. Contrairement à Vandromme pour Degrelle, il est manifeste que Pierre Lainé aime son sujet. A l’inverse des autres œuvres sur Céline, celle-ci porte sur le Docteur Destouches un regard empreint non seulement d’admiration pour l’écrivain mais également de compréhension pour l’homme.

 

 

 

Il s’agit, notons le, d’un texte d’une centaine de pages qui se veut une introduction à l’œuvre du plus grand écrivain français du XXe siècle et elle est réussie. Des 7 chapitres, seuls les deux derniers m’ont laissé sur ma faim et m’ont semblé moins personnels, moins différents de l’énorme production sur Céline. Pierre Lainé n’a pas son pareil pour souligner la permanence du Docteur Destouches derrière l’écrivain Céline, l’humanisme de Céline, sa grande tendresse pour les autres, sa petite musique emplie de fées, de danseuses, de rigolades, de générosité et d’humour.

 

 

 

« … le personnage célinien peut imaginer d’autres dérobades, trouver d’autres refuges contre la malchance et la fatalité. Le rêve constitue un secours privilégié[6] ; et le rêve représente davantage pour Céline qu’un secours : il devient le truchement d’une démarche pouvant réhabiliter le héros et les personnages avec la vie, permettre comme une revanche sur l’adversité, rendre la présence au monde de ces personnages acceptable et porteuse d’un minimum d’espérance. » Comme l’a écrit Céline,  «  un bout de chemin dans le rêve. » Ceci fait encore mieux comprendre que « La rencontre de la guerre est, pour Céline, une rencontre traumatisante. » Pierre Lainé se plaît, et je lui donne entièrement raison, à souligner la « lucidité de Céline qui lui permet de constater la fragilité des hommes, la générosité de certains, héroïsme et grandeur, mais le plus souvent, chez la plupart d’entre eux, le facile relâchement lors des circonstances graves, le facile abandon des vertus, vernis qui s’écaille et malignité qui s’exhale alors sans retenue. »

 

 

 

 

 

Quant à son antisémitisme, « il s’en prend à ceux qui exercent une domination, manifestent une volonté de puissance et de mainmise. » Et plus loin : En 1935, Céline est convaincu que les Juifs veulent la guerre, et Pierre Monnier a raison de rappeler souvent cette remarque de l’écrivain : « Tout ce que j’ai écrit c’était pour qu’ils[7] n’aillent pas à l’abattoir, pour qu’ils ne soient pas saignés comme des veaux, comme des cons. »

 

 

 

 

 

Peut-on lui donner tort ?

 

 

 

Ivan de Duve, 28 décembre 2005



[1] Editions Pardès 2001, réédition de sa monographie parue en 1963 Aux Editions Universitaires

 

 

[2] Editions L’Age d’Homme, collection Mobiles historiques, mars 2005

 

 

[3] Saint-Loup Les SS de la Toison d’Or, Presses de la Cité , 1975

 

 

[4] Jean-Luc Barré Dominique de Roux, le provocateur (1935-1977), Fayard 2005

 

 

[5] Editions Pardès, novembre 2005

 

 

[6] Ce n’est pas Jean Raspail qui le contredira !

 

 

[7] Les Français

 

cet article est paru dans "Renaissance Européenne n° 67, avril-mai-juin 2006

et dans le site www.lesmanantsduroi.com / Civilisation / Les Belles Lettres, article 5131

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